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Apollinaire a travers l Europe - ebook/pdf
Apollinaire a travers l Europe - ebook/pdf
Autor: Liczba stron:
Wydawca: Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego Język publikacji: polski
ISBN: 978-83-235-1915-7 Data wydania:
Lektor:
Kategoria: ebooki >> nauka języków obcych >> francuski
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Zebrane w książce studia dotyczą obecności Europy (w znaczeniu geograficznym i kulturowym) w twórczości Apollinaire’a, wielkich tematów literatury europejskiej, przewijających się w dziełach twórcy ''Alkoholi'', recepcji jego pisarstwa w Europie, a także szczegółowych zagadnień związanych z wpływem i echem twórczości Apollinaire’a w Polsce i w dziełach kilku ważnych postaci europejskiej kultury, działających we Francji.

Tom zatytułowany Apollinaire à travers l’Europe (Apollinaire w Europie) jest owocem refleksji badaczy z kilku krajów (Francji, Niemiec, Austrii, Bułgarii, Włoch i Polski), których Instytut Romanistyki Uniwersytetu Warszawskiego w październiku 2011 roku zaprosił do dyskusji na temat Apollinaire’a i Europy.

Teksty w języku francuskim.

Le présent volume est le fruit de la réflexion de chercheurs de plusieurs pays (France, Allemagne, Autriche, Bulgarie, Italie, Pologne) que l’Institut d’Études romanes de l’Université de Varsovie a invités, en octobre 2011, a débattre au sujet d’Apollinaire et l’Europe. Le colloque a pris place dans une longue série inaugurée en 1968 par Maciej Żurowski qui avait allié Michel Décaudin et son équipe (dirigée par la suite par Claude Debon et Daniel Delbreil) aux recherches sur la poésie française de la deuxieme moitié du XIXe et de la premiere moitié du XXe siecle menées a l’Université de Varsovie. Apollinaire a travers l’Europe réunit des études sur l’Europe au sens géographique et culturel dans l’ouvre d’Apollinaire, sur les grands themes de la littérature européenne tels qu’ils se refletent dans les écrits de l’auteur d’Alcools, sur la réception de son ouvre en Europe ainsi que sur plusieurs questions relevant de l’influence ou de la résonance de l’ouvre apollinarienne en Pologne et aupres de quelques figures d’Européens actifs en France.

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APOLLINAIRE a travers l’Europe , Textes réunis par Wiesław Kroker APOLLINAIRE_A:Layout 1 9/21/15 1:38 PM Page 1 Le présent volume est le fruit de la réflexion de chercheurs de plusieurs pays (France, Allemagne, Autriche, Bulgarie, Italie, Pologne) que l’Institut d’Études romanes de l’Université de Varsovie a invités, en octobre 2011, à débattre au sujet d’Apol- linaire et l’Europe. Le colloque a pris place dans une longue série inaugurée en 1968 par Maciej Żurowski qui avait allié Michel Décaudin et son équipe (dirigée par la suite par Claude Debon et Daniel Delbreil) aux recherches sur la poésie fran- çaise de la deuxième moitié du XIXe et de la première moitié du XXe siècle menées à l’Université de Varsovie. Apollinaire à travers l’Europe réunit des études sur l’Europe au sens géo- graphique et culturel dans l’œuvre d’Apollinaire, sur les grands thèmes de la littérature européenne tels qu’ils se reflè- tent dans les écrits de l’auteur d’Alcools, sur la réception de son œuvre en Europe ainsi que sur plusieurs questions rele- vant de l’influence ou de la résonance de l’œuvre apollina- rienne en Pologne et auprès de quelques figures d’Européens actifs en France. www.wuw.pl/ksiegarnia ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== I A P O L L I N A R E , a t r a v e r s l ’ E u r o p e APOLLINAIRE_str_tyt:Layout 1 9/2/15 1:38 PM Page 1 APOLLINAIRE a travers l’Europe , ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== APOLLINAIRE_str_tyt:Layout 1 9/2/15 1:38 PM Page 2 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== APOLLINAIRE_str_tyt:Layout 1 9/2/15 1:38 PM Page 3 APOLLINAIRE a travers l’Europe , Textes réunis par Wiesław Kroker ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Warszawa 2015 Rapporteur : Tomasz Swoboda Responsable éditoriale : Maria Szewczyk Maquette : Zbigniew Karaszewski Index : Krzysztof Janowski Composition : Barbara Obrębska Ouvrage publié avec le concours de l’Institut d’Études romanes de l’Université de Varsovie ISBN 978-83-235-1907-2 ISBN 978-83-235-1915-7 (PDF) © Copyright by Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego, Warszawa 2015 Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego 00-497 Warszawa, ul. Nowy Świat 4 www.wuw.pl e-mail: wuw@uw.edu.pl Księgarnia internetowa: www.wuw.pl/ksiegarnia Édition : 1 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== AvAnt-propos Le présent volume est le fruit de la réflexion de plusieurs chercheurs que l’Institut d’Études romanes de l’Université de Varsovie a invités, en octobre 2011, à débattre au sujet d’Apollinaire et l’Europe. Le colloque a pris place dans une longue série inaugurée en 1968 par Maciej Żurowski qui avait allié Michel Décaudin et son équipe (dirigée par la suite par Claude Debon et Daniel Delbreil) aux recherches sur la poésie française de la deuxième moitié du XIXe et de la première moitié du XXe siècle menées à l’Université de Varsovie. Avaient suivi de nombreuses rencontres en Pologne et en France et, à leur suite, plusieurs publications collectives. Le colloque Apollinaire à  travers l’Europe, organisé avec l’aide du Centre de Civilisation française de l’Université de Varsovie, a apporté une matière riche en questionnements et analyses. Les études rassem- blées ici (dont deux ont été ajoutées aux communications prononcées à Varsovie) s’organisent autour de quatre axes thématiques, cemplé- mentaires, que reflètenent les quatre parties du présent ouvrage : l’Europe au sens géographique et culturel dans l’œuvre d’Apollinaire, les grands thèmes de la littérature européenne tels qu’ils se reflètent dans les écrits de l’auteur d’Alcools, la réception de son œuvre en Europe ainsi que quelques questions relevant de l’influence ou de la résonance de l’œuvre apollinarienne en Pologne et auprès de quelques figures d’Européens actifs en France. Wiesław Kroker ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Allocution du professeur KrystynA WróbleWsKA-pAWlAK, vice-doyenne de lA fAculté des lAngues vivAntes de l’université de vArsovie Mesdames, Messieurs, chers collègues et amis, C’est au nom du Doyen des la Faculté des Langues vivantes que j’ai le plaisir de souhaiter la bienvenue à toutes les participantes et à tous les participants au colloque Apollinaire à travers l’Europe, organisé par l’Institut d’Études romanes avec le soutien du Centre de Civili- sation française. Nous sommes très honorés par la présence des chercheurs venus de différentes universités européennes et polonaises et nous les remercions d’avoir voulu apporter leur contribution scientifique, intellectuelle, à cette rencontre littéraire. Permettez-moi de remercier aussi les organisateurs et d’inaugurer ce colloque par un triple vœux : d’exellentes conférences, de fructueux débats, d’un très bon séjour chez nous ! ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Allocution du professeur pAul geyer, doyen de lA fAculté de philosophie de l’université de bonn Szanowna Pani Dziekan, Szanowni Państwo, Szanowni Organizatorzy tego pięknego kolokwium, Mesdames et Messieurs, je remercie beaucoup les organisateurs de l’honneur de cette invitation et j’ai la grande joie de vous porter, au nom de la Faculté de Philosophie de l’Université de Bonn, les salutations les plus chaleureuses et les plus cordiales. L’Uniwersytet Warszawski et l’Université de Bonn ont presque le même âge, votre université a été fondée en 1816, la nôtre deux ans plus tard, bientôt nous fêterons le 200e anniversaire. Et nous avons en commun aussi que la fondation de nos universités fut au début très ambivalente, elle fut un résultat indirect du Congrès de Vienne, qui mettait fin à l’indépendance de la Rhénanie et de la Pologne. Dziękuję bardzo organizatorom za zaszczyt uczestniczenia w tej konferencji i z wielką radością przekazuję w imieniu Wydziału Filozoficznego Uniwersytetu w Bonn serdeczne i gorące pozdro- wienia. Uniwersytet Warszawski i Uniwersytet w Bonn mają niemal tyle samo lat; Wasz uniwersytet powstał w 1816, nasz dwa lata później, niebawem będziemy obchodzić dwusetlecie. Łączy nas też fakt, że powstanie naszych uniwersytetów było na początku bardzo dwuznaczne, było pośrednim rezultatem Kongresu Wiedeńskiego, który położył kres niepodległości Nadrenii i Polski. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 8 Je suis très ému d’être pour la première fois dans ma vie en Pologne, ayant moi-même des ancêtres polonais : ma mère était née à Wrocław, son nom de jeune fille était Urban, son père venait de la Haute-Silésie et avait des parents allemands et polonais. On aurait pu imaginer une bonne histoire en commun de la Pologne et de l’Allemagne, mais elle n’était pas bonne, et, il y a 70 ans, elle devenait affreuse. En tant qu’Allemand, on ne trouve toujours pas de paroles pour cela ; vaut mieux des gestes comme celui de Willi Brandt à Warszawa. Mais depuis quelques décennies, nous avons une chance nouvelle de construire une bonne histoire, une histoire heureuse entre la Pologne et l’Allemagne dans le cadre de l’Europe nouvelle. Jestem bardzo wzruszony, gdyż jestem po raz pierwszy w Polsce. Mam polskich przodków: moja matka urodziła się we Wrocławiu i nazywała się z domu Urban, jej ojciec pochodził z Górnego Śląska i miał rodziców niemieckich i polskich. Można było wyobrazić sobie dobrą historię wspólną Polski i Niemiec, ale nie była dobra i przed siedemdziesięciu laty stała się straszna. Niemcom ciągle trudno znaleźć właściwe do tego słowa, lepsze są gesty takie jak Willi Brandta w Warszawie. Ale od kilku dekad mamy nową szansę na budowanie dobrej historii, historii szczęśliwej między Polską i Niemcami w ramach nowej Europy. Quelle occasion pourrait mieux contribuer à construire la nouvelle Europe avec l’axe Varsovie-Bonn-Paris qu’un Colloque sur Apolli- naire, cet Italo-Polonais, un peu imprégné de la Rhénanie aussi, qui voulait surtout appartenir à  la nation et la culture française, mais dont l’œuvre est celui d’un Européen en langue française. A jaka okazja może lepiej się przyczynić do tego jak kolokwium o Apollinairze, tym Polako-Włochu, także trochę naznaczonym Nadrenią, który przede wszystkim pragnął należeć do narodu i kultury francuskiej, ale którego twórczość jest dziełem Europej- czyka piszącego po francusku. Dziękuję. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== les éditions utilisées : Sauf indication contraire, toutes les références aux œuvres d’Apol- linaire sont données dans l’édition des Œuvres complètes de la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard) : Œuvres poétiques, édition établie et annotée par Marcel Adéma et Michel Décaudin, préface d’André Billy, 1965 – noté Po, Œuvres en prose complètes, t. I, textes établis, présentés et annotés par Michel Décaudin, 1977 – noté Pr I Œuvres en prose complètes, t. II, textes établis, présentés et annotés par Pierre Caizergues et Michel Décaudin, 1991 – noté Pr II Œuvres en prose complètes, t. III, textes établis, présentés et annotés par Pierre Caizergues et Michel Décaudin, 1993 – noté Pr III ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== l’europe dAns l’œuvre d’ApollinAire i ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Henryk CHudak université de Varsovie l’idéAl d’ApollinAire : l’europe culturelle sous l’égide de lA frAnce L’Europe dans la pensée d’Apollinaire n’est pas une notion abstraite, elle se présente à lui sous différents aspects et elle a diffé- rents contenus, elle est évoquée souvent par les noms des pays, des villes ou des fleuves mais moins comme un espace géographique qu’un territoire culturel, avec ses pôles de rayonnement et ses centres d’influences artistiques et de temps à autre aussi comme un espace politique animé par les nationalismes et rivalités économiques. Mais ce qui intéresse Apollinaire en Europe c’est avant tout l’art, la littérature, les expositions, les galeries de peinture, les musées, les bibliothèques, l’architecture, le monde des livres et des revues. Bien qu’Apollinaire n’ait jamais présenté de façon systématique ses opinions sur ces questions il semble toutefois possible de dégager l’image de l’Europe culturelle qu’il a léguée à  la postérité à  partir d’un certain nombre d’éléments parsemés dans ses écrits. Il s’agit de l’Europe qu’il appréhende sur le vif et qu’il filtre par son imaginaire, ses émotions et sa sensibilité. C’est l’Europe des années 1900-1918, période brève mais qui remplit pratiquement presque toute sa vie. Vue sous cette angle, l’année 1918 semble particulièrement boulever- sante et dramatique. Il est frappant que le regard qu’Apollinaire porte sur l’Europe est celui d’un Occidental et c’est sans doute la première dominante de son imaginaire européen. Il se sent et se présente comme un Occidental. Il souligne à  plusieurs reprises son attachement à  la tradition occidentale. Il vit dans un milieu cosmopolite, il est polyglotte, il entretient des rapports multiples avec des artistes de tous les coins de l’Europe mais qui portent tous la marque de l’Occident. Il assiste à la grande catastrophe de la culture européenne qu’a été la guerre de 1914. Tout cela constitue, sans aucun doute, un ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 14 Henryk CHudak ensemble de facteurs qui corroborent sa conscience européenne et son identité artistique. Dans un beau portrait qu’il donne de Matisse en 1907, il se solidarise avec le peintre qui, sensible aux différentes écritures plastiques, « reste avant tout dévot à la beauté de l’Europe ». Cette beauté est enracinée, soulignons-le, dans la tradition occidentale : Européens, notre patrimoine va des jardins que baigne la Méditerranée aux mers solides, tout au Nord. Nous retrouvons là les nourritures que nous aimons et les aromates des autres parties du monde peuvent tout au plus nous servir d’épices. (Pr II, 1021) Matisse est européen précisément parce qu’il se situe dans l’axe de la tradition qui englobe Giotto, Piero della Francesca, les primitifs siennois et Rembrandt. L’Europe est associée à l’Occident également dans l’article sur Gœthe publié en 1909 où Apollinaire prend ouver- tement parti pour « la culture européenne », pour « l’esprit européen qui domine l’intelligence universelle » (Pr II, 11632) et dans une note sur Verhaeren il ajoute, non sans inquiétude, que « l’Ordre occidental ne doit pas périr » (Pr II, 995-9963). Or, il faut souligner que cet ordre dans la pensée d’Apollinaire correspond à un idéal formé par la France. Et c’est ce qui constitue la deuxième dominante de son imaginaire européen, car force est de reconnaître que ce poète et critique qui se présente comme un Européen et un Occidental se sent avant tout français et plus encore écrivain français. On se souvient de la lettre adressée à  Charles Maurras en 1918 où, tout en soulignant qu’il est né de sang italien et de sang polonais, il insiste sur le fait « qu’un poète n’est jamais étranger dans le pays de la langue qu’il emploie » (Pr II, 9994). Sans renier ses origines ethniques, il exprime ainsi son sentiment d’appar- tenance à  la culture française. Ce sentiment qui frôle parfois un patriotisme non dépourvu d’accents nationalistes pèse visiblement sur l’idée qu’il se fait de l’Europe. Il n’est donc pas surprenant que c’est à la France, sa patrie de choix, qu’il confie la mission civilisa- 1 « Henri Matisse », La Phalange, 15 décembre 1907. 2 « La germanisation de l’Allemagne », La Démocratie sociale, 25 décembre 1909. 3 « [Le Barbare M. Verhaeren] » (inédit). 4 Lettre à Charles Maurras du 15 mars 1918. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== L’idéal d’apollinaire : l’Europe culturelle sous l’égide de la France 15 trice et la protection du patrimoine européen, tout comme il assigne à Paris le rôle décisif dans la réalisation de cet objectif. Il y aurait dans l’esprit d’Apollinaire, semble-t-il, un sentiment de double appar- tenance qui impose une certaine dialectique qui à tour de rôle met en valeur l’aspect français, occidental ou méditerranéen de l’Europe. Dans « Vendémiaire » (1912), il exprime ce sentiment avec émotion : « J’ai soif villes de France et d’Europe et du monde / Venez toutes couler dans ma gorge profonde » (Po, 149). Il y donne aussi la belle image de brassage des eaux et des peuples : « La Moselle et le Rhin se joignent en silence / C’est l’Europe qui prie nuit et jour à Coblence » (Po, 152). L’Europe dans « Vendémiaire » est delimitée par Paris, Rome, Vienne, Coblence, Trèves. Ailleurs, il y ajoutera aussi Londres, Barcelone, Lièges ou Bruxelles. C’est là que l’identité européenne trouve ses assises dans la tradition méditerranéenne. L’Europe artistique a donc ses frontières et ses zones, comme elle a pour noyau dur la France ou plus précisément Paris qui a une force d’attraction irrésistible : « Tu boiras à longs traits tout le sang de l’Europe » (« Vendémiaire », Po, 152). Il s’ensuit que c’est l’art français qui permet de situer, de comparer et de mesurer la valeur esthétique des productions étrangères. Dans la lettre à Maurras que nous avons citée, Apollinaire met en relief ce rôle dominateur de la France dans le mouvement moderne : « Il n’existe pas à l’étranger et tout ce qui s’y est fait n’est qu’une imitation de ce qui se fait ici » (Pr II, 999). Et dans « L’Esprit nouveau et les poètes » (1918), la France est présentée comme le promoteur de l’esprit des temps nouveaux. Ce sont les Français qui montrent le chemin à suivre à ceux qui leur sont proches : La France, détentrice de tout le secret de la civilisation, secret qui n’est secret qu’à cause de l’imperfection de ceux qui s’efforcent de la deviner, est de ce fait devenue pour la plus grande partie du monde un séminaire de poètes et d’artistes, qui augmentent chaque jour le patrimoine de sa civilisation. / Et, par la vérité et par la joie qu’ils répandent, ils rendent cette civilisation, sinon assimilable à  quelque nation que ce soit, du moins suprêmement agréable à toutes. (Pr II, 9525) Ce rayonnement est particulièrement visible, selon Apollinaire, en Italie, Angleterre, Espagne et même en Russie. Rappelons aussi que, dans « Le Barbare M. Verhaeren », la France est présentée comme le 5 « L’Esprit nouveau et les poètes », Mercure de France, 1er décembre 1918. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 16 Henryk CHudak dépositaire des valeurs de l’Occident et, de ce fait, comme gardien de l’indépendance culturelle de l’Europe menacée par des cultures étrangères : L’ancienneté, la simplicité, la perfection même de la civilisation française sont pour l’Europe une garantie certaine que la pensée orientale qui arrivera par cette voie sera dépouillée de tout ce qui serait inutile ou nuisible aux Européens. (Pr II, 995-996) L’importance de la mission civilisatrice de la France ne peut être comparée qu’au rôle joué par la Grèce antique. Dans le catalogue de l’exposition de la peinture française à Oslo en décembre 1913, Apolli- naire établit ce rapport : Comme fit la Grèce dans l’Antiquité, la France propose aujourd’hui à l’univers charmé des modèles qui nourriront les méditations sublimes de longs siècles et exigeront l’imitation investigatrice de milliers d’artistes de toutes nations […]. Intelligente et ouverte, la France continue, même pendant la guerre, cette mission civilisatrice que la Grèce et Rome lui ont transmise tout naturellement comme à la nation la plus ingénieuse, la plus sensée, la plus mesurée. (Pr II, 863-8646) Ce discours élogieux qu’il tient n’est pas exceptionnel. Il y a eu en France, à cette époque, un climat favorable à une idéologie franco- phile. Adrien Mithouard, dans un texte programmatique, « La démolition de la cathédrale » (1909), se prononce pour la culture nationale qui respecte l’héritage intellectuel et s’oppose ainsi à  la décomposition du génie français exposé aux dangers d’une mentalité étrangère. La cathédrale, dans le manifeste de Mithouard, symbolise la culture française incarnant l’idéal du « classicisme occidental7 ». Même l’Italien Ricciotto Canudo avoue, en 1912, dans Le Figaro, que « depuis quelques dizaines d’années la France est si impérieu- sement à la tête de l’évolution artistique moderne, que les nations les plus hostiles s’inclinent devant sa domination8 ». Du côté polonais, signalons Józef Pankiewicz qui encourage Moïse Kisling, son disciple de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, à  partir en France, en 6 « Merveilleuse floraison de l’art français » au catalogue de l’exposition « Den Franske Utstilling » à Oslo (novembre-décembre 1916). 7 A. Mithouard, « La démolition de la cathédrale », L’Occident, juin 1909, cité dans B. Mitchell, Les manifestes de la Belle Époque, Paris, Seghers, 1966, p. 117. 8 R. Canudo, « L’art Cérébriste », Le Figaro, 9 février 1914, cité ibid., p. 174. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== L’idéal d’apollinaire : l’Europe culturelle sous l’égide de la France 17 avançant le même argument : « Il n’y a que Paris. Tout – les idées, les hommes, la vision de la peinture pour le siècle à venir – tout cela ne se trouve qu’à Paris9 ». Les idées d’Apollinaire s’inscrivent dans cette logique. En 1912, il note : « L’art français, depuis deux siècles – le XVIIIe et le XIXe – domine l’art du monde entier » (Pr II, 40110). L’Europe qui se donne rendez-vous en France a tout à gagner et de ce fait elle est observée par Apollinaire à travers le prisme de la culture française. Si l’art se purifie en Occident, comme il le dit, c’est grâce à l’apport français. Si le cubisme définit le paradigme de l’art moderne, c’est parce qu’il a des racines françaises : « Issu de l’impressionnisme français, ce mouvement s’étend maintenant sur toute l’Europe » (Pr II, 1711). Déjà en 1908, dans un compte rendu du « Salon des indépendants », on trouve cette opinion : « [...] la France seule produit à cette heure des exemples de cet art probe, sain et magnifique qui s’élabore en étonnant le monde et qui sera l’honneur du XXe siecle » (Pr II, 10512). Deux années plus tard, dans une de ses chroniques, il écrit même que l’art français règne à jamais sur les autres : Aujourd’hui, dans les arts plastiques, la France règne incontestablement. Le Salon des indépendants est chaque année très propre à nous renseigner sur les tendances des jeunes artistes français et par là nous pouvons prévoir ce que deviendra avant peu le goût universel. (Pr II, 140-14113) Cette mise en valeur et l’apologie même de l’art français s’opère à travers un travail de comparaison et de confrontation avec ce qu’il y a de meilleur en Europe en visite en France. Apollinaire observe et juge, dans les expositions et les ateliers, les œuvres des peintres allemands, anglais, italiens, belges, polonais, autrichiens, norvégiens ou roumains. Cette connaissance est approfondie parallèlement dans les expositions qu’Apollinaire visite à  Berlin, Munich, Londres, Rome ou Vienne. Si on ajoute à  tout cela ses lectures qui portent sur l’actualité artistique il ne semble pas excessif de dire qu’il a une vaste 9 Cité dans J. Kessel, Kisling, Turin, Pozzo Gros Monti, 1971, p. 20. 10 « L’art », Le Petit Bleu, 3 février 1912. 11 « Sur la peinture » dans Méditations esthétiques – Peintres cubistes (1913). 12 « Le Salon des indépendants », La Revue des lettres et des arts, 1er mai 1908. 13 « Prenez garde à la peinture ! », L’Intransigeant, 18 mars 1910. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 18 Henryk CHudak connaissance de l’art en Europe, ce qui lui permet de donner des vues d’ensemble. Ainsi, dans le bel article « La peinture moderne », publié en février 1913, dans le prestigieux Der Sturm, il dresse un véritable bilan de la peinture moderne et mesure la part des différents maîtres européens. En rappelant que l’impressionnisme constitue le moment décisif dans la naissance de la modernité, il avoue que « ce mouvement n’est pas exclusivement français, mais européen. Des Anglais comme Constable ou Turner, un Allemand comme Marées, un Hollandais comme Van Gogh, un Espagnol comme Picasso ont tous joué un grand rôle dans ce mouvement qui n’est pas tant une manifestation du génie français que de la culture universelle » (Pr II, 50114). Mais, après cette observation, il ne manque pas de montrer du doigt à qui revient la part du lion : Néanmoins, ce mouvement a pris pied tout d’abord en France et les Français s’exprimèrent plus heureusement et en plus grand nombre dans cet art que les peintres des autres nations. Les plus grands noms de la peinture moderne, de Courbet à Cézanne, de Delacroix à Matisse, sont français. (Pr II, 501) Tout est donc systématisé et ordonné dans l’esprit de l’hégé- monie de la France. Les assises de l’Europe se trouvent à l’Occident et dans le bassin méditerranéen, ce qui situe le reste du continent, notamment la Russie et la Mitteleuropa avec la Pologne qui politi- quement n’existe pas, envahie et partagée entre ses voisins, dans un recoin lointain qui appartient à  un autre univers culturel qu’il ne connaît pas directement. Il n’est pas sans importance qu’Apolli- naire observe l’art russe, polonais ou hongrois à  Paris ou à  Berlin, le plus souvent lorsque les artistes venus de l’Est s’occidentalisent, c’est-à-dire au moment où ils s’assimilent. Pour Apollinaire, l’Est, la Russie artistique relève d’une tradition byzantine, slave, populaire, folklorique qui doit être greffée comme on greffe un sauvageon. C’est bien pour cette raison qu’il est sensible à tous les signes d’adaptation au goût français. En 1911, il remarque que « les peintres russes sont ceux qui, à l’étranger, semblent avoir le mieux compris les leçons des peintres français » (Pr II, 32115). 14 « La peinture moderne », Der Sturm, février 1913. 15 « Le Salon des indépendants », L’Intransigeant, 22 avril 1911. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== L’idéal d’apollinaire : l’Europe culturelle sous l’égide de la France 19 On a le sentiment qu’Apollinaire accepte cet art au moment où il s’incorpore à  la tradition occidentale et estompe le contact avec le substrat esthétique d’origine. Il le dit en toute simplicité à l’occasion d’une exposition des peintres russes en 1914 : « Natalie de Gontcharova a accepté bravement les influences des grands peintres français ou peignant en France, qui seuls depuis une vingtaine d’années maintiennent très haut la tradition de l’art » (Pr II, 79816). Même si l’originalité du rayonnisme de Larionov est indiscutable Apollinaire précise que « cet art est en accord avec les audaces les plus nouvelles auxquelles on se soit livré en France » (Pr II, 799). Apolli- naire admire Chagall mais il est caractéristique qu’il apprécie surtout son « Paris vu par la fenêtre », la toile la moins slave et juive pour ainsi dire, par contre très parisienne et surréaliste, qui l’a d’ailleurs profondément bouleversé et qui est vraisemblablement à la souce du poème « À travers l’Europe ». Quel que soit le degré d’assimilation, Gontcharova ou Chagall restent russes mais il arrive à  Apollinaire cependant de considérer Kandinsky ou Jawlensky comme des peintres allemands17 du fait qu’ils travaillaient en Allemagne. Kisling passe parfois pour un Autrichien car, originaire de Cracovie, il est formellement un sujet de l’Empire austro-hongrois. Le cas de Picasso est particulièrement intéressant vu le rôle qu’il a joué dans la grande révolution artistique et l’amité qui l’unissait avec le poète. En 1914, Apollinaire note : Il est vrai que celui-ci est peut être moins un peintre espagnol que le principal représentant de la peinture moderne et que s’étant formé en France, ayant constamment peint à  Paris, ayant trouvé à  Paris même les voies les plus décisives pour la peinture nouvelle, la France serait fondée à le considérer comme un peintre français. / On ne s’y trompe pas à l’étranger, et en Allemangne, en Russie on classe Picasso parmi les peintres de l’école française dont il est depuis Cézanne l’artiste le plus surprenant. (Pr II, 81018) 16 « Expositions Natalie de Gontcharova et Michel Larionov », Les Soirées de Paris, juillet-août 1914. 17 « La peinture moderne » (Pr II, 505). 18 « Peinture espagnole moderne », Paris-Journal, 6 juillet 1914. Un an aupa- ravant il soulignait déjà que « le cubisme de Picasso a pris naissance d’un mouve- ment qui sort d’André Derain » (« La peinture moderne », Pr II, 502). ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 20 Henryk CHudak Il en est de même lorsqu’il commente les œuvres de Chagall, Kandinsky ou Jawlensky parce que son point de vue est orienté par la peinture française. Par contre, les artistes qui gardent leur caractère ethnique et n’arrivent pas à  rompre avec leur propre tradition byzantine, comme Boïtchouk, Kasperowitch ou Segno, semblent maladroits : « ils […] ont tout à apprendre de la peinture moderne, bien différente et plus difficile en somme que celle des icônes dorées des cathédrales de l’Ukraine » (Pr II, 14919). Cette tendance chez Apollinaire à  valoriser seulement ce qui porte la marque de l’Occident n’est-elle pas le signe d’une certaine insuffisance, de l’incapacité de saisir la culture de l’Europe orientale et centrale dans sa spécificité ? Peut-être les arguments des auteurs du manifeste « Nous et l’Occident » lancé en Russie en 1914 et reproduit par Apollinaire dans « La Vie anecdotique » sont-ils bien fondés ? Nous y trouvons la remarque suivante : « “la compréhension de l’Orient est hors du pouvoir de l’Occident’’, car ce dernier a perdu la notion des limites de l’art […]. Tout le travail de l’Occident a été de défendre les résultats acquis par le vieil art (l’esthétique précédente) » (Pr III, 19020). Ce regard qu’il porte sur l’Est concerne aussi la Pologne. Il ne la connaît pas, il n’y est jamais venu mais il a tout de même une certaine image de la peinture polonaise car ses meilleurs représentants se trouvent en France. C’est sans doute Kisling qui attire son attention, pour la même raison d’ailleurs que les Russes, car il s’inspire de la peinture française, il est « sous la bonne influence de Derain » (Pr II, 54621). Par contre, il reprochera à Olga de Boznańska sa « manière allemande » de peindre. Dans une de ses chroniques d’art en 1911, il précise cette opinion : « Les toiles de Mlle Olga de Bosnomska [sic] jouissent d’une sorte de célébrité chez ceux qui aiment la peinture d’âmes, décolorée, délavée. Je vois surtout là-dedans de la peinture munichoise, trop munichoise » (Pr II, 26222). Fidèle à ses convictions, Apollinaire se fait gardien de l’art français, c’est-à-dire occidental, moderne et européen. S’il parle avec un petit 19 « Au Salon des artistes indépendants », L’Intransigeant, 19 mars 1910. 20 « Le ‘‘Spectre spontané’’ », Mercure de France, 16 avril 1914. 21 « Le Salon des indépendants », L’Intransigeant, 22 mars 1913. 22 « Quelques », L’Intransigeant, 21 janvier 1911. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== L’idéal d’apollinaire : l’Europe culturelle sous l’égide de la France 21 grain d’ironie de « l’anglomanie, qui est une des folies artistiques de ce temps » (Pr II, 18723), il hausse sérieusement le ton lorsqu’il observe que « la grotesque exhibition des peintres italiens » se fait en absence et au détriment des artistes français : « Comme on regrette que le Salon d’automne ne soit pas au courant des véritables intérêts de l’art ! Ce Salon aurait pu rendre bien des services, non seulement en France, mais à l’Europe entière » (Pr II, 11824). Apollinaire refuse obstinément au futurisme l’originalité car il pense qu’il n’est qu’un « témoignage de l’action exercée dans le monde entier par la peinture française, de l’impressionnisme au cubisme inclusivement » (Pr II, 619-62025). Attentif à ce qu’il voit en France, il reste également sensible aux échos de la présence française à l’étranger qui lui arrivent de tous les côtés, même de la Russie et de la Scandinavie. Il prend soigneusement note de l’accueil chaleureux réservé aux peintres français en Europe car il y voit la preuve du triomphe international du goût français. Avec fierté il note : Chaque jour, quoi qu’en puissent penser les grincheux, la peinture moderne française prend une importance plus considérable en Europe. On ne saurait voyager à  l’étranger en ce moment sans trouver, dans les capitales et dans les grandes villes, des expositions de nos jeunes peintres. (Pr II, 70626) Avec satisfaction il observe que « Barcelone accueille avec enthou- siasme les jeunes Français » ou que « la première manifestation des cubistes à l’étranger eut lieu à Bruxelles » (Pr II, 1527). À l’occasion du Salon de Berlin en automne 1913, il souligne que « l’hommage rendu au Douanier s’adresse aussi à la France, seul pays où il pouvait naître » (Pr II, 62128). Ailleurs, il attire l’attention sur le succès de Derain à la Moderne Galerie de Zurich et ajoute que son « influence en Europe grandit chaque jour » (Pr II, 70129). Il remercie les Norvégiens d’avoir organisé à Oslo une exposition de la peinture française. Notons que 23 « ‘‘Artistes français’’ et ‘‘Nationale’’ », L’Intransigeant, 30 avril 1910. 24 « Le Salon d’automne », Le Journal du soir, 20 septembre 1909. 25 « Salon d’automne», Les Soirées de Paris, 15 novembre et 15 décembre 1913. 26 « Les expositions françaises à l’étranger », Paris-Journal, 17 mai 1914. 27 « Sur la peinture » (Méditations esthétiques). 28 « Chronique mensuelle », Les Soirées de Paris, 15 novembre 1913. 29 « Les arts », Paris-Journal, 14 mai 1914. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 22 Henryk CHudak ses organisateurs ce sont des peintres norvégiens formés en France. Apollinaire a parfaitement bien compris que les artistes qui passent par la France sont des propagateurs de la culture française dans leurs pays. Il note que Constantin Balmonte, poète russe, après être rentré en Russie après un long exil en France, n’a pas oublié ses amis René Ghil et Paul Fort dont il a parlé dès les premières interviews30. Il  souligne avec fierté la présence de l’art français en Allemagne : « Il n’y a pas de jour où, soit à Berlin, soit à Munich, soit à Düsseldorf, soit à Cologne, on n’inaugure une nouvelle exposition consacrée à un artiste nouveau de France » (Pr II, 80331). En défendant les intérêts de la France, Apollinaire fait même des suggestions concernant la politique culturelle de l’État. Instructif à  cet égard est l’article sur les musées, publié dans Le Journal du Soir en 1909. Il y postule des tarifs raisonnables pour le public. Il remarque aussi que les musées français devraient faire un effort pour compléter les collections nationales. Il déplore notamment l’absence des œuvres de Braque, Derain, Signac, Matisse ou Léger, dans les musées français, surtout dans le Musée du Luxembourg32. Il demande également de créer des collections d’art nègre aussi importantes que dans d’autres pays européens comme l’Allemagne, l’Angleterre ou le Danemark. Lorsqu’on passe du côté de l’Europe littéraire on retrouve le même discours qu’il tient sur l’art. La France, là encore, a une mission à  remplir, elle est le promoteur des grands changements esthé- tiques. Dans la conférence donnée en 1908, Apollinaire souligne ainsi le prestige sans égal dont jouit la France : « […] je sais bien qu’aujourd’hui la poésie française est la poésie unique. Toutes les littératures de l’univers sont tournées vers elle [...] » (Pr II, 88833). Un an plus tard, dans « Les poètes d’aujourd’hui », il démontre que la force de la poésie française résulte de la tradition qui remonte au classicisme qui est « la plus haute expression lyrique des temps 30 Voir « Constantin Balmonte », Mercure de France, 1er août 1913 (Pr III, 150-152). 31 « Quatre nouveaux artistes français », Paris-Journal, 3 juillet 1914. 32 Voir « Futurisme et Ballets russes », Paris-Journal, 24 mai 1914 (Pr II, 726-727). Voir aussi l’article « La Collection Camondo au Louvre », Paris-Journal, 4 juin 1914 (Pr II, 749-750). 33 « La Phalange nouvelle » dans La poésie symboliste, Paris, L’Édition, 1909. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== L’idéal d’apollinaire : l’Europe culturelle sous l’égide de la France 23 modernes » (Pr II, 91634). Cette poésie est internationale parce que la langue française et les idées forgées en France ont une dimension internationale. Sa vocation est de représenter la modernité poétique non seulement en France, mais dans le monde entier. Ce projet qui se propose d’abolir toutes les barrières entre la nation française et tous les autres peuples s’inscrit, selon Apollinaire, dans la mission de la France qui depuis des siècles a régénéré et civilisé l’Europe. On connaît bien cette phrase inaugurale : « L’esprit nouveau qui dominera le monde entier ne s’est fait jour dans la poésie nulle part comme en France » (Pr II, 94335). L’Esprit nouveau est l’éma- nation de la culture française, il est « une expression particulière et lyrique de la nation française, de même que l’esprit classique est, par excellence, une expression sublime de la même nation » (Pr II, 946). De ce fait, la littérature française bénéficie du droit spécial de modeler « la sensibilité de l’Europe », de programmer « la civilisation méditerranéenne ». Il faut dire qu’Apollinaire est allé très loin dans l’argumentation : D’après ce que l’on peut savoir, il n’y a guère de poètes aujourd’hui que de langue française. / Toutes les autres langues semblent faire silence pour que l’univers puisse mieux écouter la voix des nouveaux poètes français. / Le monde entier regarde vers cette lumière, qui seule éclaire la nuit qui nous entoure. (Pr II, 952) Dans ce contexte, il n’est pas étonnant qu’Apollinaire s’intéresse à la situation du français en Europe et en particulier en Allemagne ou en Angleterre. Il signale le danger du français italianisé ou espagnolisé. Il s’intéresse à  la littérature, aux traductions et même à la place qui est accordée à la littérature française dans les ouvrages savants (Brandes), il scrute les échos de la vie musicale et théâtrale. Le nombre de journaux et périodiques qu’il consulte à l’occasion est impressionnant. En novembre 1917, il signale même la nouvelle revue polonaise Zdrój : Une nouvelle revue littéraire à tendances modernes paraît en Pologne. Elle s’apelle Zdrój, c’est-à-dire, ‘‘Fontaine de jouvence’’. Elle a comme collaborateurs : Miriam, traducteur de Rimbaud, Mallarmé et Baude- laire ; Przybyszewski ; Koscielski, traducteur de Moréas, de Louis 34 « Les poètes d aujourd hui », conférence faite le 6 novembre 1909. 35 « L’Esprit nouveau et les poètes ». ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw==
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