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Événements et Commémorations - ebook/pdf
Événements et Commémorations - ebook/pdf
Autor: , Liczba stron: 158
Wydawca: Impuls Język publikacji: Francuski
ISBN: 978-83-7587-601-7 Data wydania:
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Kategoria: ebooki >> naukowe i akademickie >> pedagogika
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A la croisée de nos vies et du monde dans lequel elles se déroulent, les événements sont ce qui en ponctue le cours et nous marque nous formant et déformant à la mesure de ce qu'ils nous font. Parmi eux, certains passeront inaperçus et seront vite oubliés, d'autres seront promus à com-mémoration, faisant échec au temps jusqu'à envahir les mémoires, de façon localisée ou plus globale : qu'est-ce qui en décide, en quoi cela nous modifie-t-il ? Deux équipes ont croisé ici leurs réflexions à partir de ces questions universelles : – Une équipe internationale qui, à partir d'un projet né à Łódź en Pologne, a étendu sa recherche sur cette thématique aux cinq continents du monde, à travers la participation de 14 pays. Ils seront évoqués dans la première partie de ce livre, interrogeant l'impact sur nous vies de ces événements qui surviennent et nous bousculent stimulant ou entravant notre rapport à la formation. – Une équipe marocaine, en seconde partie, a réagi à ces travaux en partant plus spécialement, à partir d'une date anniversaire, de l'évocation d'événements historiques majeurs traversés par leur pays, ici le colonialisme et le protectorat. Ils ont examiné l'empreinte qu'ils ont laissée chez et en eux dans l'après-coup, entre face officielle voire fondatrice, et face cachée et inavouable mais non moins durablement agissante sur les mémoires. De cette rencontre internationale et interculturelle a émergé une réflexion particulièrement féconde, qui nous éclaire sur ce que nos différences portent d'universel dans notre façon de nous construire et de construire le monde. Se connaître passe bien par la connaissance de l'autre, et réciproquement. Et il apparaît que c'est ce qui nous est le plus personnel qui est aussi le plus universel. En ce sens, c'est une véritable leçon d'empathie qui surgit au fil de ces pages. Martine Lani-Bayle Professeur en Sciences de l'éducation Université de Nantes France

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Événements et Commémorations Sous la direction de Mohammed Melyani et Aneta Słowik Événements et Commémorations Kraków 2011 © Copyright by Oicyna Wydawnicza « Impuls », Kraków 2010 Expertise scientiique : Prof. Martine Lani-Bayle Projet de couverture : Andrzej Augustyński ISBN 978-83-7587-601-7 Oicyna Wydawnicza « Impuls » 30-619 Kraków, ul. Turniejowa 59/5 tel. (12) 422-41-80, fax (12) 422-59-47 www.impulsoicyna.com.pl, e-mail : impuls@impulsoicyna.com.pl Edition II, Kraków 2011 Sommaire Préface ............................................................................................................................... 7 Introduction ..................................................................................................................... 9 Événements, formations et transformations Gaston Pineau Commémorations et apprentissages de boucles temporelles ............................... 13 Martine Lani-Bayle Événements et formation de la personne ................................................................ 21 Estelle Cheon-Pavageau L’événement personnel, la grossesse et l’éducation prénatale : exemple des parents coréens ..................................................................................... 27 Amina Chraibi Événements historiques, collectifs et personnels au féminin : Regards croisés .... 47 Aneta Słowik Catégories et type de femmes émigrantes des 1re, 2e et 3e vagues ......................... 51 Cécile Nicolas Les statuts et fonctions de « l’événement négatif » dans le processus de formation de la personne ..................................................................................... 61 Marie-Anne Mallet Dans le sillage des événements de la vie. Quelques exemples en Europe, Amérique du Nord et Océanie ................................................................................. 69 Khalid Hadji Poétique de l’événement ........................................................................................... 83 6 Sommaire Mémoires, événements et commémorations Mohammed Melyani La mémoire blessée. Autour des événements de Fès du 17 au 20 avril 1912 Repères mémoriels et pédagogiques ...................................................................... 93 Abdelmouneim Bounou La vieille ville de Fès au regard des écrits de voyages occidentaux (XIX–XXe siècle) .................................................................................. 111 Khalid Lazaare Fès dans la mémoire de l’autre à travers les écrits étrangers « Fès et quelques voyageurs germanophones du XIXe siècle » ........................... 123 Sadik Rddad Fez from Postcard to Resistance : Anglo-American Travel Writing During the Protectorate ........................................................................................... 127 Azelarabe Lahkim Bennani Colonialisme, Protectorat et souveraineté Lyautey et la nouvelle politique marocaine .......................................................... 135 Abderrahman Tenkoul Lyautey au Maroc : quelle lecture pour une mémoire en partage ? ................... 149 Préface Ce livre sur l’événement est lui-même le produit d’un événement heureux : la ren- contre à Fès entre des chercheurs venus de plusieurs horizons pour débattre des relations complexes qui peuvent exister entre le factuel, le mémoriel et l’historial. D’importantes questions ont particulièrement retenu l’intérêt des participants. Elles peuvent être, moyen- nant une certaine liberté dans le propos, formulées ainsi : quelle place occupe l’événement (quelle qu’en soit la force d’intensité) dans la formation de la psychologie de l’individu ? Quelles significations acquiert-il au travers du processus qui sous-tend son occultation ou sa commémoration ? Comment gérer l’événement du passé sans en faire ni un point de fixation ni un handicap sur le chemin d’invention du futur ? Quelle lecture peut-on en produire qui ne soit ni de l’ordre du procès et du jugement ni de l’ordre de l’exaltation nostalgique ? Quelles formes d’effets prend l’événement dès qu’il constitue l’objet d’une quelconque mise en discours ou en fiction ? La perception d’un même événement est-elle partout identique d’une région à l’autre de la planète ? Que reste-t-il de son état initial quand c’est l’idéologie qui s’en empare pour son propre compte ? Où se situe l’essentiel par rapport à l’accidentel dans un événement ? Face à ces questions décisives, les réponses se sont avérées riches, diversifiées et com- plémentaires. D’où l’originalité de ce livre qui me paraît être porté par deux principaux vecteurs : • La volonté manifeste (même si elle n’est pas déclarée) de construire des para- digmes de lecture de l’événement, dans sa double dimension individuelle et col- lective, distanciés et soucieux plutôt de compréhension que de récupération ou de stigmatisation. On ne peut ne pas voir là la direction toute indiquée d’une nouvelle manière d’in- terroger les sociétés de notre temps, en se débarrassant des poncifs et des contre- vérités qui ont toujours empêché une réelle connaissance de l’autre. Analyser l’événement (qu’il soit incrusté dans les plis du passé ou qu’il soit au cœur du brasier du présent), c’est dans ce sens s’astreindre à l’exigence d’agir sur les re- présentations et les imaginaires, sans vouloir pour autant ériger sa propre parole comme étant la seule source possible de la vérité. • Le désir de faire de la réflexion sur l’événement non pas l’occasion pour tout un chacun de constituer un mythe, qui serait prétexte à des rivalités meurtrières, mais un moment fort d’un partage de tout ce qui peut faire le bonheur d’un chercheur et de son lecteur : la découverte d’un fait oublié ou refoulé, la part d’ombre ou de 8 Préface lumière que recèle telle ou telle époque, l’hésitation ou le doute que peut susciter le retour sur tel symbole ou tel personnage de l’histoire, la difficulté d’appréhen- der l’impact exercé par le vécu (euphorique ou dysphorique) sur le destin d’une âme en phase de formation ou de transformation [...]. Il y a donc dans cette perspective d’approche de l’événement, qui récuse dogmes et vérités établies, l’opportunité de revisiter des parcours et des trajets de vie en se laissant guider, non par les balises des sentiers battus, mais par ce que les chemins de traverse nous réservent comme effets d’étonnement et de surprise. Ainsi le mérite de ce livre est d’inviter fondamentalement à une (re)lecture de l’his- toire de nos sociétés, comme étant certes le référentiel primordial d’une certaine réalité, mais aussi et surtout le champ par excellence où se joue le statut du savoir sur ces sociétés et le rapport à construire avec elles. Abderrahman Tenkoul Doyen de la Faculté des lettres Dhar El Mahraz Fès (Maroc) Introduction Le monde est une scène où il vaut mieux espérer que pleurer, chaque société et chaque individu détiennent les clés de leur propre destin, même s’il est fortement déter- miné par les événements et l’environnement mondial et social. Ce livre de commémoration traite des événements personnels, collectifs et histo- riques, qui font la matière première de la mémoire. Son objectif est d’empêcher la gan- grène de l’oubli. Il aborde de façon réflexive les processus de formation et de transforma- tions personnelles et sociétales, et les enjeux de construction/déconstruction historique, personnelle et collective, qui laissent des troubles de mémoires profonds, car ils n’ont tou- jours pas de « fin officielle ». Il est important de rappeler que la mémoire et l’événement sont certainement deux notions qui jouent un rôle important dans nos manières de pen- ser et de construire la société contemporaine. La mémoire est couramment perçue comme le signe que le présent n’est pas totalement coupé du passé et qu’il y a une continuité du temps et que nous sommes inscrits dans une certaine durée ; l’événement, au contraire, apparaît comme ce qui marque une rupture, un renouveau, qui scande le déroulement continu du temps et laisse présager que la durée n’est pas exempte de changement. Que dire alors des événements mémoriels et commémoratifs ? Peuvent-ils être consi- dérés comme des unités de mobilisation et de recomposition des mémoires, ou peut-être plus justement de composition des récits mémoriels ? Ne peut-on pas reconnaître aussi que des événements peuvent être, eux-mêmes, plus ou moins mémorables, activant des processus formatifs et transformatifs d’ordre personnel, collectif et historique  ? Qu’ils donnent à voir des mémoires particulières, qu’ils les donnent en partage ? Ne pourrait-on pas émettre l’hypothèse que mémoire, commémoration et événement servent à recompo- ser le rapport que nous entretenons collectivement au temps et à l’espace ? La volonté de ce travail sur l’événement et sa commémoration entre dans une pers- pective de rendre le monde plus compréhensible, plus ouvert à l’histoire de l’autre. Il s’inscrit dans ces moments cruciaux de construction d’histoires vivantes par formation et transformation de relations différenciées avec les autres : vivants et morts. Les com- mémorations, dit en ce sens Gaston Pineau, « nous acculent à apprendre à entreprendre ou non deux opérations paradoxales vitales : transformer de la mort en vie et du souvenir institué en avenir instituant. Impossibles initiations sans le pouvoir métamorphosant de la fête ! »1. 1 Voir article de G. Pineau : « Commémorations et apprentissages de boucles temporelles » dans cet ouvrage. 10 Introduction Ce livre aborde également le lien entre événement, formation et transformation, en tant qu’entrée possible rechargée par l’épaisseur de l’histoire, afin d’éclairer les grands en- jeux de la mémoire et de la commémoration. Ce travail sur la mémoire est une construc- tion transmise, mais aussi reconstruite en fonction d’un présent plus interrogatif et plu- riel, capable d’une meilleure correspondance avec le double souci, collectif et personnel, de sens. Le plus court chemin de soi à soi passe par l’étranger disait Paul Ricoeur. Ce passage de l’un vers l’autre se fait par la mise en écho entre une conjoncture individuelle et la conjecture collective qui finira, dans la relation de l’une à l’autre, par modifier (ou perturber) la repré- sentation de la réalité personnelle, collective et historique. Il s’agit bien d’une « somme » ex- ceptionnelle et exceptionnellement exigeante  : le cheminement dans les méandres de la mémoire individuelle et de la mémoire collective, dans les croisées de la mémoire et de l’histoire, le voyage à travers les événements multiples, constituent une trajectoire radicale, qui peut apparaître un instant démesurée ou à toute le moins risquée, tant l’entreprise peine tout d’abord à se présenter dans son unité et la fragilité conceptuelle de son aspect de rémi- niscence. L’examen statique de la notion d’événement, de « trace » et d’ « empreinte » ainsi que l’approche de la problématique de la commémoration et de l’oubli montrent qu’il n’y a pas de représentation du passé sans aveu de sa disparition ; pas d’affirmation de la trace sans certification de l’effacement de ce dont elle témoigne ; pas de réflexion sur la mémoire et de la commémoration sans découverte de « l’aporie de la présence de l’absence » ; nulle affirmation de mémoire sans l’apparition du doute radical sur la manière dont on « sait » le passé : Ce qui est en jeu, c’est le statut du moment de la commémoration/remémoration traitée comme une reconnaissance d’empreinte. La possibilité de la fausseté de l’événe- ment « est inscrite dans ce paradoxe ». Événement, mémoire et commémoration sont sou- vent combinés dans le cadre des processus de ruptures/changements ; l’événement/com- mémoration fait apparaître un sens du monde. Il est rupture, changement dans l’ordre du sens. Non seulement, il y a un avant et un après l’événement – le temps s’interrompt pour reprendre différemment – mais il est aussi ce qui ouvre et ponctue toute chronologie. Bien que l’événement soit hors du temps – ne serait-ce que pour agir sur lui – il s’effectue dans un espace-temps, dans un ici-maintenant, qu’il reconfigure. En montrant la grande diversité des champs auxquels s’étendent les investigations sur les liens entre événement, mémoire et formation, ce livre intègre un nouveau concept, celui de la commémoration particulièrement féconde. Nous espérons en éclairer les enjeux d’une façon à la fois équilibrée et critique. Mohammed Melyani Maître de Conférences – HDR Université de Picardie Jules Verne Amiens, France Aneta Słowik Chercheur-Enseignante Université de Basse Silesie, Wrocław, Pologne Événements, formations et transformations Gaston Pineau Professeur en Sciences de l’éducation Université de Tours France Commémorations et apprentissages de boucles temporelles Je voudrais d’abord remercier mes collègues marocains et français d’avoir organi- ser ce colloque et de pouvoir y participer. En effet ce colloque me semble un événement doublement important. En raison de ce qu’il commémore d’abord. Les 1200 ans de la fondation de la ville de Fès sont exceptionnels en termes de temporalités et d’aura de la ville. Y être associé est un privilège dont il faut pouvoir tirer les effets formateurs et transformateurs. Par son ouverture réflexive, ensuite, sur ce qui se joue dans l’événement commémoratif lui-même : enfermement compassé dans le passé ou ré-inspiration his- torique pour l’avenir ? La conjugaison des temps est un art difficile à apprendre. Et les commémorations un bon moment pour s’y entraîner périodiquement. Pouvoir le faire, ici, maintenant et avec vous est un don de l’esprit du temps et du lieu. Après un bref retour sur ce double intérêt du colloque, je m’attarderai un peu sur l’événement double que représentent les commémorations en nous faisant opérer une boucle temporelle récursive entre l’événement commémoré et l’événement commémo- rant. Boucle temporelle aux forts enjeux de construction/déconstruction historique, personnelle et sociale. En effet, les commémorations nous acculent à apprendre à entre- prendre ou non deux opérations paradoxales vitales : transformer de la mort en vie et du souvenir institué en avenir instituant. Impossibles initiations sans le pouvoir métamor- phosant de la fête ! Double intérêt du colloque Ce double intérêt résulte de la rencontre qu’il opère entre la recherche internationale coordonnée par Martine Lani-Bayle et Marie-Anne Mallet de l’Université de Nantes sur « Événements et formation de la personne » et l’équipe de recherche animée par Abderh- mane Tenkoul de la Faculté des lettres de l’Université Dhar El Mahraz de Fès. 14 Événements, formations et transformations Beaucoup de personnes, présentes à ce colloque, participent déjà depuis trois ans à cette recherche sur les liens entre événement et formation. Cette recherche est extrê- mement originale par sa méthodologie internationale, intergénérationnelle et intercultu- relle. Deux productions, dans la collection « Histoire de vie et formation », en présentent dès maintenant la démarche et les principaux résultats : M. Lani-Bayle et M.-A. Mallet, « Événements et formation de la personne. Écarts internationaux et intergénérationnels ». Etant ici, je mentionnerai seulement dans le tome 2, le chapitre de Mohammed Melyani, catalyseur de cette rencontre à la base de ce colloque : « Mémoires/héritages arabo-musul- mans et blessures coloniales : d’un imaginaire à un autre ». La conception, la construction et la conduite de cette recherche expérimente une ex- traordinaire ingénierie de rencontres interculturelles de dialogues avec le monde, telle que Mohammed a pu nous le faire vivre au 3e colloque mondial sur l’autoformation à Mar- rakech en 2005 : « Rencontres entre les cultures et pratiques d’apprentissage formelles, informelles et nonformelles ». Ce colloque de Fès renforce donc très heureusement cette recherche d’envergure : la distance entre les cultures est telle que pour les traiter, sont nécessaires, non seulement une rencontre, mais un mouvement de rencontres d’interconnaissance progressive, pa- tiente et durable. nourrissant des dialogues entre civilisations (Al-Otaïba 2007). Que ce mouvement nous amène à Fès est une retombée pour nous majeure, de cette commémoration de plus d’un millénaire de culture. Fès est une ville multidimension- nelle par excellence : culturelle, politique, économique, mystique avec une grande aura mythique. La découvrir à ce moment commémoratif est une opportunité historique à sai- sir. En effet, ce moment concentre de façon avivée culturellement, non seulement du ici et maintenant, mais une profondeur socio-historique de 1200 ans d’existence. Donc beaucoup de temps, de gens, d’événements, d’histoires que l’événement commémoratif ressuscite ou non [...]. Et l’esprit actuel de fête de Fès peut nous aider non seulement à ap- procher cette ville historique complexe, mais aussi les enjeux formateurs ou déformateurs complexes de toute commémoration. Les commémorations comme événement double, bouclant temporellement Rapidement, les commémorations peuvent être définies comme une pratique sociale de mémorisation – com-mémorisation, se souvenir ensemble – un anniversaire fêtée pu- bliquement. D’un point de vue événementiel, de ce qui arrive, elles concentrent en fait deux événements : • L’un passé, jugé comme assez important pour le rappeler périodiquement sociale- ment. Ce premier événement est porteur d’une surabondance événementielle qui crée une rupture structuralo-temporelle potentielle mais qui nécessite du temps pour s’actualiser (Olazabal, Lévy 2006). En l’occurrence ici, un événement qui a eu lieu voilà 1200 ans est pris comme fondateur de la ville. Cet événement n’a été vécu par personne actuellement vivante. Gaston Pineau • Commémorations et apprentissages... 15 • L’autre au contraire est un événement présent que nous vivons tous actuellement, mais de façon différenciée selon chacun. En réunissant les deux, la commémoration opère une boucle temporelle ramassant un certain nombre d’éléments et d’événements de façon plus ou moins pleine, serrée et ouverte. La nouvelle unité temporelle formée crée un avènement durable qui ponctue plus ou moins fortement le fil lisse du temps, lui donne plus ou moins de sens, l’incurve de façon plus marquée vers le passé, le présent ou l’avenir. La boucle temporelle qu’opère en 2008 la commémoration d’un événement ayant eu lieu en 808 est d’une grande ampleur et implique potentiellement beaucoup de monde et beaucoup de choses entremêlées : de générations, de morts, de vies, de réussites, d’échecs, de tragédies, de fêtes, de sens et non-sens [...]. A travers et au-delà de l’événement de 2008, qu’est-ce qui va être actualisé de l’événement de 808 et des 1200 ans ? Qu’est-ce qui va être re-présenté, rendu présent à nouveau, pour quoi et comment ? On ne commémore pas n’importe quoi, ni n’importe comment, ni n’importe quand. Dans un livre récent sur les anniversaires et commémorations, Christian Heslon (2007) interroge de façon percutante ces événements doubles. Interrogation globale du premier chapitre intitulé : Tous commémorateurs ! Que signifie ce culte des anniversaires et des commémorations dans la culture contemporaine  ? Certains articles parlent de com- mémoratifs. Est-ce un exercice obligé de bonne conscience ? Une fixation obsessive au passé ? Le devoir de mémoire n’a-t-il pas ses limites ? Ce devoir ne nécessite-t-il pas un apprentissage spécifique pour s’exercer de façon optimale, entre illusion passéiste et rap- pel nécessaire et ressourçant des traces pour construire l’avenir ? Heslon pose aussi des questions plus précises  : pourquoi commémore-t-on les chiffres rond et oublie-t-on le chiffre 7 ? Pour apprendre à réfléchir et décoder ces événements complexes et ambivalents que sont les commémorations, est précieuse la matrice « Relais générationnels évolutifs » que Mar- tine Lani-Bayle a construit au début du tome 2 « de Événements et formation de la personne » (Lani-Bayle 2007 : 13) comme première découverte de leur recherche. Cette matrice croise événement vécus, ressentis et sus selon les générations. Les commémorations ne sont donc pas des événements simples. Par la boucle tem- porelle qu’ils effectuent entre deux moments, ils créent l’avènement d’une historicité grosse d’enjeux personnels et sociaux (Mallet 2008). Un double enjeu de construction identitaire liée : personnelle et sociale Le lien opéré entre l’événement commémoré et l’événement commémorant crée une boucle temporelle qui renforce l’un et l’autre et construit une durée spécifique entre les deux, englobant les événements intermédiaires dans un mouvement de mise ensemble et en sens. En terme un peu plus technique, on peut dire que les commémorations sont des syn- chroniseurs sociaux, constructeurs de temps et de sens, en un mot d’histoire (Pineau 2000). 16 Événements, formations et transformations Les commémorations consacrent socialement une activité plus courante et plus indi- viduelle de construction d’histoire : la remémoration . La remémoration est le rappel d’un événement passé pour construire du sens. Construction qui n’aurait pas été possible avant, soit par blocage externe, soit pat trop plein interne. C’est une pratique basique de la mé- moire dont l’exercice courant ne doit pas voilé l’importance de construction historique. Walter Benjamin fait de la remémoration une catégorie centrale de la construction théologico-politique de l’histoire humaine (Pineau, Deroy 2000  : 91–100). C’est aussi un moyen bio-cognitif majeur de construction de l’histoire personnelle. « C’est souvent après-coup que s’opère la reconnaissance de l’événement cardinal, comme celui pour le- quel il faut prendre parti et dans lequel il faut se tenir » (Dupuis 1990 : 148). Comme mentionné étymologiquement et souligné très pertinemment par Monsieur Ahmed Amrani, la commémoration ajoute une dimension sociale et publique à  la re- mémoration qui peut rester privée et personnelle. Cet ajout social plus ou moins festif renforce l’importance du rappel et consacre en quelque sorte la nouvelle unité histo- rique créée. Cette consécration d’une nouvelle unité historique est au cœur de l’enjeu de construction d’identités personnelle et sociale que représente toute commémoration et participation. • Enjeu de construction d’identité personnelle  : décider d’être présent ici au- jourd’hui fait nouer avec Fès et son histoire une relation personnelle qui variera avec chacun selon ce que chacun en retiendra. Mais cette présence a été choisie plus ou moins consciemment en fonction de la construction passée et à venir de notre identité personnelle. • Enjeu de construction d’identité sociale, nationale et transnationale. Aussi ancienne soit-elle, Fès n’a pas achevé de construire son identité complexe. La tenue de cette commémoration avec les éléments et événements retenus pour être rappe- lés, réfléchis, fêtés vont puissamment contribuer à construire ses identités à venir. Pourquoi ces enjeux de construction identitaire de toute commémoration sont-ils aussi forts ? Est-il possible d’expliciter un peu plus, les processus implicites de consécra- tion historique à l’œuvre ? Qu’est-ce qui se passe donc de si important, presqu’à notre insu ? Tenter de l’approcher un peu plus n’est peut-être pas inutile pour apprendre des compétences temporelles assez inédites de construction historique. Apprendre une double transformation Cette double construction historique liée, d’une identité personnelle et sociale, n’est pas automatique. Les commémorations peuvent y aider mais aussi les handicaper. En effet la consécration sociale d’un passé mémorisé et fêtée ensenble, peut enliser dans le passé et faire croire que l’histoire est déjà toute construite. Il n’y a plus rien à faire, sauf la vénérer en la répétant, la reproduisant et la déformant le moins possible. Les commémorations peuvent renforcer le poids des conceptions passéistes et passives d’une histoire passée, archéologique, monumentale, consacrée (Pineau, Le Grand 2007 : 74). Gaston Pineau • Commémorations et apprentissages... 17 La construction d’histoires de vie, individuelle et collective, n’est possible qu’en déconstruisant cette conception passéiste de l’histoire. Et en en construisant une autre, comme construction de sens à partir de faits temporels vécus, au passé, mais aussi au présent et pour l’avenir, pour soi mais aussi pour d’autres. Cette construction active d’historicités personnelles et sociales qui joue de dé- construction/reconstruction, rencontre deux apprentissages basiques de transformation que les commémorations centralisent : transformer en vie présente et future un passé [...] composé [...] de morts ; et transformer du spatio-temporel matériel en sens. Apprendre à transformer en vie... du passé... composé... de morts Mille deux cents ans représentent pas mal de morts  : 48 générations si on prend 25 ans comme unité de mesure d’une génération. Comment les rappeler vitalement pour ne pas être écrasé par leur poids et leur nombre ? En oublier est la seule façon possible, ne serait-ce que par les limites de notre emploi du temps. Mais lesquels ? Et comment évoquer les autres sans être éperdu d’admiration ou au contraire aveuglé de condam- nation ? Commémorer 1200 ans d’histoire ne place pas devant un passé simple, mais au contraire hypercomposé de générations de morts enchevêtrés dans des boucles étranges de guirlandes éternelles ou enterrés dans des abysses insondables, des schéols infernaux et des oubliettes de l’histoire. Les commémorations nous mettent en demeure d’apprendre à construire des rela- tions actuelles et si possible actives avec tout ce potentiel de morts. Qui ne sont d’ailleurs pas tous égaux dans la mort. Certains survivent plus que d’autres dans le souvenir par leur influence et leurs œuvres diverses : familiale, sociale, professionnelle, culturelle, reli- gieuse, politique, économique. Les morts survivent sous des formes à trouver. Mais sans doute plus vivaces et vitales qu’on pense ou ose l’imaginer. Les refouler ne fait que bloquer nos inconscients dans des fan- tômes d’êtres. Alors que la formation vitale est en grande partie apprendre à vivre consciem- ment avec, contre ou sans eux, Mais en conscientisant nos choix, nos oublis, nos rejets. Pas d’apprentissages de la vie sans apprentissage de com-préhension des morts. De prise avec soi, avec l’apprentissage des limites face à ces passages de frontières entre vie et morts. Avec leurs risques et leurs enjeux, les commémorations représentent donc des mo- ments cruciaux de construction d’histoires vivantes par formation et transformation de relations différenciées avec les morts : lesquels ? Comment ? et pour quoi ? Ces transac- tions sociales de remise en scène d’actions de trépassés , selon des re-présentations plus ou moins festives, cérémonieuses, spontanées ou compassées, constituent des boucles socio- temporelles vitales, transformant des morts passés en vie actuelle. Ces boucles transfor- matrices contribuent à tisser le fil de la vie avec des morceaux effilochés en chemin, et même arrachés par lambeaux, sans vie, morts. Jouer avec les passes du temps est un des grands moyens humains de déjouer ses impasses, mort comprise. Com-prendre la mort, non pas au sens cognitif impossible de la décoder complètement, mais au sens bio-cogni- tif de la prendre avec soi pour apprendre à vivre avec, est une nécessité vitale et paradoxale qu’enseignent pratiquement les commémorations (Pineau, Deroy 2000 : 91–100). 18 Événements, formations et transformations Apprendre à transformer du spatio-temporel matériel en sens Cet enseignement existentiel pratique de transformation vitale paradoxale n’est pas de nature didactisable. Il est plutôt de type initiatique, médiatisé par des lieux. Mais là non plus tous les lieux ne sont pas égaux pour construire du sens avec de l’espace et du temps. Certains, par leur concentration de traces socio-culturelles historiques, sont chargés, surchargés de sens implicites, laissés par des générations d’habitants et même de passants antérieurs. Ce sont des lieux de mémoire avec un grand potentiel d’initiation à transformer du spatio-temporel en sens. Ils sont particulièrement éducogéniques. Ils servent de base matérielle aux entreprises commémoratives de luttes quasi démiurgiques, avec et contre la mort. Ces lieux de mémoire conservent la présence de disparus par des traces plus ou moins visibles et faciles à déchiffrer. Ces lieux sont plus ou moins inspirants, attrayants et repoussants selon qu’ils sont chargés de traces plus ou moins positives pour les visiteurs, là aussi plus ou moins ouverts à un apprentissage de sens. Repérer, parmi la multiplicité des lieux de mémoire existant, ses lieux de mémoires inspirant vitalement, apprendre à les déchiffrer et à construire du sens à la mesure des dynamiques qui les ont créés, est un moyen majeur pour apprendre à habiter la terre per- sonnellement. L’apport des commémorations autour de lieux de mémoire élus person- nellement aide puissamment à former son éco-histoire singulière, son art spatio-temporel d’habiter la terre de façon sensible et sensée (Pineau, Bachelart, Cottereau, Moneyron 2005). Sans doute touchons-nous là, la base anthropologique expliquant la force forma- trice pérenne des pèlerinages, à travers et au-delà les conditionnements socio-religieux. Eco-apprentissage pas si facile non plus. Tant il est facile de rester à la surface, même des lieux de mémoire, en se situant seulement en consommateur plus ou moins blasé, plus ou moins myope, plus ou moins étranger à leur génie, à leur esprit. Conclusion – la fête commémorative, un temps initiatique de métamorphose Mais les commémorations, et c’est peut-être leur force principale pour initier à ces deux apprentissages existentiels, offrent un moyen non classique majeur à ne pas bouder : la fête. La fête est un temps de métamorphose des temps et des rapports aux environne- ments sociaux et physiques (Wunenburger 1979). Par leur ouverture spatio-temporelle, elles libèrent de la chaîne des emplois du temps laborieux ; elles donnent du recul, des espaces/temps de réflexion, de nouvelles relations dans une atmosphère détendue et eu- phorisante. Fêter Fès peut non seulement nous ouvrir à l’esprit et au génie de Fès, mais aussi nous initier à ces deux apprentissages majeurs et paradoxaux de transformation de la mort en vie et de la matière en sens. Merci aux initiateurs de ce colloque. Gaston Pineau • Commémorations et apprentissages... 19 Bibliographie Al-Otaïba Mana Saeed, 2007, Le dialogue des civilisations. Soi et l’autre, L’Harmattan, Paris. Coulon M.-J., Le Grand J.-L. (dir.), 2000, Histoires de vie collectives et éducation populaire, L’Harmattan, Paris. Dupuis P.-A.,1990, Eduquer : une longue histoire, Presses de l’université de Strasbourg, Strasbourg. Heslon Ch., 2007, Petite psychologie de l’anniversaire, Dunod, Paris. Lani-Bayle M., Mallet M.-A. (dir.), 2006, Événements et formation de la personne. Écarts internationaux et intergénérationnels, t. 1, L’Harmattan, Paris. Lani-Bayle M., Mallet M.-A. (dir.), 2007, Événements et formation de la personne. Écarts internationaux et intergénérationnels, t. 2, L’Harmattan, Paris. Mallet M., 2008, Mai 68 : de l’événementiel à l’avènement sociétal dans Lani-Bayle M., Quarante ans après Mai 68. Regards intergénérationnels croisées, Téraèdre, Paris. Olazabal I., Lévy J. (dir.), 2006, L’événement en anthropologie. Concepts et terrains, Les Presses de l’Université Laval, Québec. Pineau G., 2000, Temporalités en formation. Vers de nouveaux synchroniseurs, Anthropos, Paris. Pineau G., Bachelart D., Cottereau D., Moneyron A. (dir.), 2005, Habiter la terre. Ecofor- mation terrestre pour une conscience planétaire, L’Harmattan, Paris. Pineau G., Deroy F., 2000, Les remémorations comme production d’histoire collective par passage de témoins entre générations. Histoire du groupe de travail « André Ripoche » dans Coulon M.-J., Le Grand J.-L. (dir.), Histoires de vie collectives et éducation popu- laire, L’Harmattan, Paris. Pineau G., Le Grand J.-L., 2007, Les histoires de vie, PUF, Paris. Wunenburger J.-J., 1979, La fête, le feu et le sacré, Paris.
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