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L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939) - ebook/pdf
L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939) - ebook/pdf
Autor: Liczba stron: 245
Wydawca: Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego Język publikacji: polski
ISBN: 978-83-235-1796-2 Data wydania:
Lektor:
Kategoria: ebooki >> psychologia i filozofia
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Celem pracy jest prezentacja istotnego wpływu, jaki wywarła psychoanaliza na krytykę literacką we Francji w latach 1914-1939.

Książka Justyny Zych stanowi próbę przybliżenia zapomnianych i niedocenianych początków tego nurtu w krytyce. Daty wyznaczające okres, któremu poświęcona jest praca są podwójnie znaczące - stanowią one ważną cezurę zarówno w historii Europy, jak i w historii recepcji psychoanalizy we Francji. W 1914 roku wybuchła pierwsza wojna światowa, a jednocześnie ukazała się pierwsza francuska praca na temat doktryny Freuda zatytułowana La Psychoanalyse des névroses et des psychoses Emmanuela Régisa i Angelo Hesnarda, zaś rok 1939 to data wybuchu drugiej wojny światowej, a także data śmierci Freuda, która w sposób naturalny zamyka pierwszą fazę oddziaływania psychoanalizy we Francji i w innych krajach.

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Justyna Zych L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939) INFLUENCE_okladka_OK:Layout 1 11/26/14 2:44 PM Page 1 Justyna Zych – docteur ès lettres, est diplômée d’études romanes et d’études polonaises dans le cadre d’Études Interdisciplinaires (MISH) de l’Université de Varsovie. Elle a bénéficié de bourses de recherche à Genève et à Paris. Ses recherches portent sur l’histoire de la critique littéraire en France et sur le roman français et polonais des XXe et XXIe siècles. Elle enseigne également le polonais langue étrangère à l’Université de Varsovie. La présente monographie se propose de jeter une lumière nouvelle sur les débuts de l’histoire de la critique psychanalytique en France et de démontrer l’influence considérable de la psychanalyse sur la recherche littéraire dans l’entre-deux-guerres. Le sujet abordé dans ce livre n’a pas encore été exhaustivement présenté, ni en Pologne ni à l’étranger. La monographie de Justyna Zych comble une lacune importante dans l’histoire de la critique littéraire en France et, dans une large mesure, constitue une entreprise novatrice. CzesławGrzesiak, professeuràl’UniversitéMariaSkłodowska-CurieàLublin L’auteur nous propose un excellent choix de textes qui illustrent toute l’histoire de l’influence de la psychanalyse sur l’esprit des élites intellectuelles et artistiques en France dans la première moitié du XXe siècle. ZbigniewNaliwajek, professeuràl’UniversitédeVarsovie J u s t y n a Z y c h L i n f l u e n c e d e l a p s y c h a n a l y s e s u r l a c r i t i q u e l i t t é r a i r e e n F r a n c e ( 1 9 1 4 1 9 3 9 ) - www.wuw.pl/ksiegarnia ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== INFLUENCE_str_tyt.:Layout 1 11/26/14 2:46 PM Page 1 L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939) ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== INFLUENCE_str_tyt.:Layout 1 11/26/14 2:46 PM Page 2 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== INFLUENCE_str_tyt.:Layout 1 11/26/14 2:46 PM Page 3 Justyna Zych L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939) ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Warszawa 2014 Rapporteurs Czesław Grzesiak Zbigniew Naliwajek Responsable e´ditoriale Maria Szewczyk Maquette Zbigniew Karaszewski Index Krzysztof Janowski Composition Logoscript Ouvrage publie´ avec le concours de l’Institut d’E´tudes Romanes de l’Universite´ de Varsovie # Copyright by Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego, Warszawa 2014 ISBN 978-83-235-1788-7 (druk) ISBN 978-83-235-1605-7 (e-pub) 978-83-235-1796–2 (pdf online) 978-83-235-1613-2 (mobi) Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego 00-497 Warszawa, ul. Nowy S´wiat 4 http:// www.wuw.pl; e-mail: wuw@uw.edu.pl Ksie˛garnia internetowa: http://www.wuw.pl/ksiegarnia E´dition 1 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Table des matie` res Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C H A P I T R E I – Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne dans la critique litte´raire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses de la psychanalyse 2. Les enjeux de la bataille en 1924 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C H A P I T R E I I – Traduire la vie inte´rieure du cre´ateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Questions de me´thode (I) : rendre consciente l’activite´ inconsciente de l’esprit . . 2. Questions de me´thode (II) : voir dans la the´orie de Freud un outil interpre´tatif innovateur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C H A P I T R E I I I – Le Triomphe de la psychobiographie . . . . . . . . . . . . . . . . Introduction 1. Le symbole litte´raire interpre´te´ par la biographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. L’œuvre comme document de maladie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 8 15 15 16 34 53 55 55 56 74 92 93 93 94 120 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 6 Table des matie` res 3. L’impact de la biographie de l’e´crivain sur son œuvre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 165 C H A P I T R E I V – L’Aˆ ge de la maturite´ : la psychanalyse en tant que paradigme 167 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. L’Inconscient comme crite` re de description de l’univers imaginaire . . . . . . . . . . . 2. Canonisation du reˆve et de l’inconscient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Le grand moment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 167 168 185 202 223 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228 Streszczenie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 236 Summary . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 238 Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 240 ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Avant-propos Ce livre est une the`se de doctorat, soutenue a` l’Universite´ de Varsovie en 2014. J’aimerais remercier mon directeur de the`se, M. Henryk Chudak, pour sa disponibilite´ et ses conseils tout au long de la re´alisation de ce projet, ainsi que mes rapporteurs, M. Czesław Grzesiak de l’Universite´ Maria Skłodowska-Curie a` Lublin et M. Zbigniew Naliwajek de l’Universite´ de Varsovie, pour leurs remarques pre´cieuses. Je tiens e´galement a` remercier la Direction de l’Institut d’E´tudes Romanes de l’Universite´ de Varsovie qui a assure´ le financement de la publication de ce livre. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Introduction Dans les premie`res de´cennies du XXe sie`cle, la critique litte´raire en France pre´sente un paysage en pleine mutation. Longtemps monopolise´e par la me´thode de l’histoire litte´raire codifie´e par Gustave Lanson, synonyme d’investigation philologique rigoureuse aux ambitions positivistes, la critique se trouve de´sormais a` un carrefour me´thodologique dans la mesure ou` des courants philosophiques et scientifiques nouveaux – le bergsonisme, la psychanalyse, le marxisme – , marquant de leur empreinte les sciences humaines, influencent e´galement la re´flexion sur la litte´rature, en lui ouvrant des horizons nouveaux. Toutes ces tendances intellectuelles ont renouvele´ et enrichi la critique litte´raire. La philosophie de Bergson a inspire´ la re´flexion critique fe´conde d’Albert Thibaudet, fonde´e sur les notions de dure´e et d’e´lan vital, tandis que l’approche marxiste a suscite´ des e´tudes novatrices sur les grands e´crivains, entre autres sur Zola et Balzac, mettant en e´vidence les enjeux e´conomiques et sociaux de leurs œuvres. Il convient d’ajouter a` ces approches nouvelles celle de la psychanalyse. La the´orie freudienne a apporte´ une vision comple`tement nouvelle de l’homme et de la cre´ation artistique, fonde´e sur la de´couverte du roˆle de´terminant que l’inconscient joue dans la vie humaine1. Freud lui-meˆme comparait la porte´e de sa de´couverte capitale a` celle des re´volutions copernicienne et darwinienne. Le savant viennois a vite remarque´ que sa doctrine offrait des me´thodes et des concepts enrichissants a` plusieurs disciplines scientifiques, sans limiter son potentiel the´orique et me´thodologique a` la psychologie et a` la me´decine. Selon Freud, les sciences 1 La the´orie de Freud est pre´sente´e dans de tre`s nombreux livres. Pour en avoir un aperc¸u, le lecteur pourra se re´fe´rer, entre autres, a` l’ouvrage de Jean Le Galliot, Psychanalyse et langages litte´raires. The´orie et pratique (Paris, Nathan, 1977) ou au livre de Max Milner, Freud et l’interpre´tation de la litte´rature (Paris, C.D.U. et SEDES re´unis, 1980). En ce qui concerne les de´finitions des termes psychanalytiques, Vocabulaire de la psychanalyse de Jean Laplanche et J.- B. Pontalis (Paris, PUF, 1967) est un ouvrage de re´fe´rence. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Introduction 9 humaines pourraient adopter sa the´orie, en l’appliquant a` l’analyse des mythes, des contes, du folklore, de l’art, des coutumes des peuples dits primitifs etc., qui constituent tous – pour reprendre l’expression de Sarah Kofman – les « dialectes de l’inconscient »2. Parmi les nombreux domaines que Freud a e´tudie´s, en e´tablissant l’universalite´ de sa the´orie, la litte´rature occupe une place toute particulie`re. L’auteur de Die Traumdeutung (1900) a reconnu lui-meˆme que son seul me´rite consiste a` avoir de´fini et codifie´ ce que les poe`tes ge´niaux avaient pressenti des sie`cles auparavant. En effet, les intuitions perspicaces des profondeurs insondables du psychisme humain, contenues dans les œuvres litte´raires, n’ont pas e´chappe´ a` l’attention du neurologue a` l’affuˆt de toute manifestation de l’inconscient. Lecteur passionne´, Freud posse´dait une culture litte´raire remar- quable avec une pre´dilection prononce´e pour les classiques, a` commencer par les auteurs de la Gre`ce antique jusqu’aux romantiques allemands, en passant par l’e´poque e´lisabe´thaine. La lecture a incontestablement nourri sa pense´e : il suffit de rappeler qu’il a puise´ l’un des concepts fondateurs de sa doctrine dans Œdipe roi de Sophocle. Il a e´galement inaugure´ le transfert me´thodologique de la psychanalyse dans la litte´rature, en soumettant a` une lecture psychanalytique plusieurs œuvres litte´raires, entre autres Gradiva de Jensen3, Le Roi Lear et Le Marchand de Venise de Shakespeare4 ou L’Homme au sable d’E.T.A. Hoffmann5. Il est donc tout a` fait le´gitime d’attribuer a` Freud le titre de premier critique d’obe´dience psychanalytique, d’autant plus qu’il a e´galement consacre´ a` la litte´rature une e´tude the´orique, a` savoir un petit essai Der Dichter und das Phantasieren (1908), traduit en franc¸ais sous le titre « La Cre´ation litte´raire et le reˆve e´veille´ »6. Freud y e´tablit un paralle`le devenu ce´le`bre entre le poe`te et l’enfant en train de jouer, qui, tous deux, sont des cre´ateurs de leurs propres mondes imaginaires constituant les re´alisations de leurs de´sirs qui restent insatisfaits dans la vie re´elle. Les recherches psychanalytiques sur la litte´rature ont e´te´ poursuivies dans plusieurs pays europe´ens. En France, les travaux de ce genre commencent a` paraıˆtre assez tardivement. Il convient de rappeler que la re´ception de la 2 S. Kofman, L’Enfance de l’art. Une interpre´tation de l’esthe´tique freudienne, Paris, Payot, 1970, p. 96. 3 S. Freud, De´lire et reˆves dans la « Gradiva » de Jensen [1907], (premie`re publication en franc¸ais : 1931), trad. de l’allemand par M. Bonaparte, Paris, Gallimard, 1949. 4 S. Freud, « Le The`me des trois coffrets » [1913], Essais de psychanalyse applique´e, (premie`re publication en franc¸ais : 1933), trad. de l’allemand par M. Bonaparte et E. Marty, Paris, Gallimard, 1982, pp. 87-103. 5 S. Freud, « L’inquie´tante e´trangete´ » [1919], Essais de psychanalyse applique´e, op. cit., pp. 163-210. op. cit., pp. 69-81. 6 S. Freud, « La Cre´ation litte´raire et le reˆve e´veille´ » [1908], Essais de psychanalyse applique´e, ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 10 Introduction la limpidite´ intellectuelle, psychanalyse en France est marque´e par deux de´cennies de retard et par une hostilite´ particulie`rement vive. La pre´dilection toute carte´sienne pour la logique la me´fiance envers la syntaxe allemande et complique´e, assimile´e au style herme´tique des traite´s des philosophes d’outre- Rhin du XIXe sie`cle, la mentalite´ bourgeoise franc¸aise de l’e´poque et le diktat de l’E´glise catholique e´liminant la sexualite´ de tout discours – scientifique ou autre, l’ignorance quasi-ge´ne´rale de la langue allemande en France au de´but du XXe sie`cle, l’ambiance germanophobe a` l’aube de la Premie`re Guerre mondiale enracine´e dans le souvenir toujours vif de la de´faite de Sedan, enfin l’antise´mitisme pre´sent partout en Europe – ces nombreux facteurs contribuent a` expliquer pourquoi la psychanalyse se heurtait, dans la France de l’entre-deux-guerres, a` un refus cate´gorique et passait pour une discipline pseudoscientifique, voire charlatanesque et, de surcroıˆt, scandaleuse, car assimile´e au pre´tendu pansexualisme freudien. Les milieux eccle´siastiques, me´dicaux et universitaires franc¸ais e´taient unanimes dans leur ostracisme a` l’e´gard de Freud. Pendant longtemps, la France est demeure´e a` l’e´cart des pays ou` des associations et des revues psychanalytiques voyaient le jour, ou` des congre`s et des colloques consacre´s a` la psychanalyse avaient lieu et ou` les travaux de Freud e´taient traduits. Il faut souligner que, avant 1914, hormis le freudisme, disperse´s dans des revues quelques articles mentionnant me´dicales, inconnue en France. Ainsi, a` cette e´poque, il ne peut eˆtre question de l’influence de la psychanalyse en France – non seulement sur la critique, mais sur quelque domaine de la pense´e que ce soit. la the´orie freudienne e´tait pratiquement Les dates limitant la pe´riode sur laquelle nous nous penchons dans le pre´sent travail sont significatives a` double titre : elles marquent un tournant aussi bien dans l’histoire de la re´ception de la psychanalyse en France que dans l’histoire de l’Europe. En 1914, e´clate la Premie`re Guerre mondiale et, paralle`lement, paraıˆt le premier ouvrage franc¸ais traitant directement de la doctrine freudienne, a` savoir La Psychoanalyse des ne´vroses et des psychoses7 d’Emmanuel Re´gis et d’Angelo Hesnard. L’anne´e 1939, qui marque l’e´clatement de la Deuxie`me Guerre l’anne´e de la mort de Freud, cloˆt mondiale et, en meˆme temps, est naturellement la premie`re phase de l’influence exerce´e par la psychanalyse du vivant du maıˆtre, aussi bien en France que dans d’autres pays. En e´voquant la question de l’impact de la the´orie freudienne sur le domaine litte´raire, il est ne´cessaire de pre´ciser qu’il s’agit d’une double influence. Si la psychanalyse pe´ne`tre dans le discours critique, paralle`lement, elle fe´conde e´galement la cre´ation litte´raire. Il suffit de rappeler que les grands mouvements 7 E. Re´gis, A. Hesnard, La Psychoanalyse des ne´vroses et des psychoses. Ses applications me´dicales et extra-me´dicales, Paris, Librairie Fe´lix Alcan, 1914. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Introduction 11 le dadaı¨sme et le surre´alisme, sont ne´s d’une avant-gardistes, notamment inspiration psychanalytique revendique´e par leurs fondateurs eux-meˆmes. Il faut ajouter que les œuvres des grands romanciers franc¸ais de l’e´poque sont marque´es, elles aussi, de l’empreinte freudienne : nous la retrouvons dans A` la recherche du temps perdu de Marcel Proust et dans Les Faux-Monnayeurs d’Andre´ Gide. Enfin, il existe des œuvres litte´raires en France de l’entre-deux- guerres dont la gene`se psychanalytique est plus que manifeste : c’est le cas des pie`ces d’Henri-Rene´ Lenormand qui, dans sa cre´ation the´aˆtrale, tente de traduire litte´ralement les the`ses de Freud. La proble´matique de l’influence de la psychanalyse sur la litte´rature franc¸aise est aussi complexe que passionnante. Ne´anmoins, nous tenons a` souligner qu’elle ne constitue pas le sujet du pre´sent travail, consacre´ uniquement a` l’impact de la the´orie freudienne sur la critique litte´raire dans les anne´es 1914-1939, et qu’elle n’y apparaıˆtra qu’e´pisodiquement, en marge des conside´rations principales. Il faut remarquer que, dans les travaux portant sur l’histoire de la critique litte´raire, la place re´serve´e a` cette toute premie`re pe´riode de la critique psychanalytique franc¸aise est pratiquement inexistante. Il n’est pas rare que les auteurs s’interrogeant sur la pre´sence de la the´orie freudienne dans le discours critique en France commencent par rappeler les travaux fondateurs de Freud pour passer directement a` la psychocritique de Charles Mauron. Or, le premier ouvrage important de cet auteur, Mallarme´ l’Obscur8, paraıˆt en 1941, tandis que sa the´orie n’est pleinement expose´e que dans son livre ce´le`bre Des Me´taphores obse´dantes au mythe personnel9, publie´ en 1963. Il est patent que quelques maillons importants manquent dans cette chaıˆne chronologi- que. Meˆme si, en France, la psychanalyse se frayait le chemin avec beaucoup de difficulte´s, elle n’est pas reste´e sans e´cho durant la premie`re pe´riode conside´re´e. S’il existe peu de traces de la pre´sence de la the´orie freudienne en France avant 1939, tant dans la critique que dans d’autres domaines, c’est que non seulement elle e´tait effectivement peu conside´rable, mais aussi que le de´but de l’histoire de la psychanalyse en France est e´clipse´ par son rayonnement spectaculaire dans les anne´es soixante et soixante-dix, duˆ a` la personnalite´ charismatique de Jacques Lacan qui a e´galement beaucoup influence´ la critique. Pourtant, dans l’« Introduction » a` son fameux ouvrage psychocritique, Charles Mauron lui-meˆme reconnaıˆt avoir eu des pre´de´cesseurs qui, tout comme lui, quoique de manie`re diffe´rente, ont tente´ d’appliquer la the´orie freudienne a` l’analyse de l’œuvre litte´raire : il cite les noms oublie´s de Rene´ Laforgue et de 8 Ch. Mauron, Mallarme´ l’Obscur, Paris, Denoe¨l et Steele, 1941. 9 Ch. Mauron, Des Me´taphores obse´dantes au mythe personnel, Paris, Librairie Jose´ Corti, 1963. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 12 Introduction Marie Bonaparte, en rede´couvrant ainsi leurs travaux pre´curseurs de psychana- lyse litte´raire : L’E´chec de Baudelaire (1931) et Edgar Poe (1933)10. Il signale l’e´tude de Charles Baudouin intitule´e Psychanalyse de l’art e´galement (1929)11, sans mentionner pourtant l’ouvrage ante´rieur du meˆme auteur plus directement lie´ a` la litte´rature, a` savoir Le Symbole chez Verhaeren (1924). Il ne consacre pas non plus une seule ligne au livre de Pierre Audiat La Biographie de l’œuvre litte´raire (1924) qui constitue un signe avant-coureur de l’inte´reˆt des critiques pour la psychanalyse. De plus, bien que Mauron compare la psychocritique a` la critique the´matique – dont la naissance est e´galement lie´e a` la the´orie freudienne – et cite les repre´sentants principaux de cette dernie`re, il n’e´voque pas les livres importants de Marcel Raymond et d’Albert Be´guin, a` savoir De Baudelaire au surre´alisme (1933) et L’Aˆme romantique et le reˆve (1937) dans lesquels les the´maticiens eux-meˆmes ont reconnu la pierre angulaire de leur obe´dience critique. Mauron a pourtant le me´rite d’attirer l’attention sur la pense´e critique de Gaston Bachelard, bien qu’il lui objecte un manque de rigueur scientifique. Il est e´galement me´ritoire de sa part d’avoir signale´ dans une note en bas de page l’article d’Albert « Psychanalyse et critique », publie´ dans La Nouvelle Revue Thibaudet Franc¸aise en 192112, auquel revient le titre de premier texte critique a` mettre en e´vidence le potentiel de la psychanalyse dans le champ litte´raire. la pre´sentation de ce courant reste de´cide´ment Depuis Mauron, la connaissance de cette premie`re pe´riode de la critique psychanalytique en France s’est approfondie graˆce aux e´tudes ponctuelles consacre´es a` des auteurs concrets et a` des aspects choisis, ce qui ne se refle`te pourtant pas dans les synthe`ses qui portent soit sur l’histoire de la litte´rature franc¸aise, soit sur l’e´volution de la critique. Dans les manuels d’histoire litte´raire, en ge´ne´ral on passe pratiquement sous silence les moments inauguraux de la psychanalyse litte´raire et, dans les ouvrages qui traitent de l’histoire de la recherche, fragmentaire et incomple`te, la primaute´ e´tant donne´e a` la pe´riode de l’apre`s-guerre. Les premiers textes critiques adoptant la perspective psychanalytique y be´ne´ficient au moins d’une bre`ve mention. Il en est ainsi dans les ouvrages de re´fe´rence, tels que : La critique litte´raire (1955) de Jean-Claude Carloni et Jean-C. Filloux, La Critique litte´raire en France (1960) de Pierre Moreau, La Critique (1964) de Roger Fayolle, La Critique litte´raire (1977) de Pierre Brunel, Daniel Madele´nat, Jean-Michel Gliksohn et Daniel Couty, La Critique litte´raire au XXe sie`cle (1987) de Jean-Ives Tadie´, Introduction aux me´thodes critiques pour l’analyse litte´raire (1990) sous la direction de Daniel Bergez, La Critique (1994) d’Anne 10 Ibid., p. 18. 11 Ibid., p. 16. 12 Ibid., p. 17, note no 6. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== Introduction 13 Maurel ou encore Critique et the´orie litte´raires en France (1800-2000) (2005) de Jean-Louis Cabane`s et de Guy Larroux. Il convient de signaler le travail Psychanalyse et critique litte´raire (1973) d’Anne Clancier, psychanalyste re´pute´e qui s’inte´ressait de pre`s a` la litte´rature, qui a l’ambition de retracer toute l’histoire de l’influence de la the´orie freudienne sur la recherche litte´raire en France, mais qui re´serve, elle aussi, une place modeste a` la premie`re pe´riode du tranfert me´thodologique en question. Dans l’ensemble, toutes ces contributions sont pre´cieuses, ne´anmoins, on manque toujours d’un tableau complet de cette pe´riode inaugurale de la critique psychanalytique franc¸aise, si importante pour comprendre ses de´veloppements ulte´rieurs. C’est de cette constatation qu’est ne´ notre projet : nous nous proposons pre´cise´ment de combler cette lacune flagrante dans l’histoire de la psychanalyse litte´raire franc¸aise, en syste´matisant les informations disperse´es dans diffe´rentes sources et en tirant de l’oubli quelques textes importants me´connus. Nous avons de´cide´ de pre´senter et d’analyser en de´tail les ouvrages tombe´s dans l’oubli, notamment les livres de Pierre Audiat, de Charles Baudouin, de Rene´ Laforgue et de Marie Bonaparte, ainsi que l’e´tude pratiquement inconnue de Jean Frois-Wittmann intitule´e « Les Conside´rations psychanalytiques sur l’art moderne » (1929). En ce qui concerne les livres plus notoires d’Albert Be´guin, de Marcel Raymond et de Gaston Bachelard, parus au cours de la pe´riode qui nous inte´resse, nous les examinons en fonction de leur rapport avec la psychanalyse qui, nous semble-t-il, n’est pas assez mis en relief dans la plupart des travaux consacre´s a` l’histoire de la critique. Pour montrer l’e´volution de la critique psychanalytique dans les anne´es 1914- 1939 – des premie`res tentatives malhabiles d’implanter directement la me´thode freudienne dans le discours sur la litte´rature jusqu’aux approches critiques originales adoptant les concepts et le vocabulaire psychanalytiques – , nous respectons l’ordre chronologique de la publication des textes critiques que nous soumettons a` l’analyse, tout en taˆchant de les grouper autour des proble`mes essentiels que suscite cette pe´riode inaugurale de son histoire. Cela explique et justifie la composition en quatre chapitres dont chacun comporte deux ou trois parties. Dans le premier chapitre, intitule´ « Premie`res infiltrations de la the´orie freudienne dans la critique litte´raire », nous pre´sentons les principaux articles parus dans La NRF et dans Le Disque vert au de´but des anne´es vingt, dont les auteurs, en ve´ritables pre´curseurs, s’interrogent de´ja` sur les nouvelles possibilite´s que la psychanalyse offre a` la critique. Le second chapitre « Traduire la vie inte´rieure du cre´ateur » est consacre´ aux e´tudes pionnie`res de Pierre Audiat et de Jean Frois-Wittmann qui, tous deux, appre´hendent la psychanalyse comme un jetant une lumie`re nouvelle aussi bien sur les outil œuvres litte´raires classiques que sur les mouvements avant-gardistes. Dans le troisie`me chapitre « Le Triomphe de la psychobiographie », nous exposons interpre´tatif innovateur, ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 14 Introduction l’approche psychobiographique de la litte´rature, fonde´e sur l’e´tude psychana- lytique de la vie et de l’œuvre de l’e´crivain, en l’illustrant par l’analyse des travaux de Charles Baudouin, de Rene´ Laforgue et de Marie Bonaparte. Enfin, dans le dernier chapitre « L’Aˆ ge de la maturite´ », nous soumettons a` l’examen les nouvelles propositions me´thodologiques de Marcel Raymond, d’Albert Be´guin et de Gaston Bachelard, ne´es toutes dans les anne´es trente d’inspiration freudienne plus ou moins prononce´e qui, loin d’eˆtre synonyme d’adoption rigoureuse de la me´thode freudienne, se re´sume dans leur cas a` des emprunts conceptuels et terminologiques. A` la fin de cette e´tude, le lecteur trouvera une bibliographie incluant avant tout les publications ayant trait a` la psychanalyse litte´raire et a` l’histoire de la critique. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== C H A P I T R E I Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne dans la critique litte´raire Introduction C’est a` deux prestigieuses revues litte´raires – a` la NFR et au Disque vert – que revient le me´rite d’avoir lance´ en France le de´bat sur la the´orie de Sigmund Freud. Au point de vue de la re´ception ge´ne´rale de la psychanalyse, il est meˆme le´gitime d’affirmer l’ante´riorite´ de l’inte´reˆt que lui ont porte´ les milieux litte´raires par rapport a` l’attention preˆte´e par les me´decins spe´cialistes des maladies mentales. Les critiques groupe´s autour de ces pe´riodiques ouverts aux nouveaute´s artistiques et scientifiques ont imme´diatement perc¸u le parti que la critique litte´raire pouvait tirer de la doctrine freudienne. Avec perspicacite´, ils ont compris que la psychanalyse frayait un chemin nouveau a` la connaissance. Ils ont adopte´ avant tout le concept d’inconscient de´fini et codifie´ par Freud. Ce concept re´volutionnaire qui constitue le noyau dur de la psychanalyse jetait une lumie`re nouvelle sur le psychisme humain et permettait de ce fait d’e´claircir la cre´ation litte´raire d’une manie`re qui e´chappait a` la critique traditionnelle forge´e tout au long du XIXe sie`cle. Il faut souligner que les critiques publiant dans la NRF et Le Disque vert entrevoyaient l’utilite´ de la psychanalyse dans la recherche litte´raire de`s le de´but des anne´es vingt du XXe sie`cle, a` une e´poque ou` la plupart des me´decins et des psychologues mettaient en doute la validite´ scientifique de cette the´orie. Dans les colonnes de la NRF et du Disque vert, nous trouvons aussi bien des e´tudes qui exposent les the`ses principales de Freud de manie`re synthe`tique et accessible, que des articles rendant compte de l’actualite´ des salons et des sce`nes parisiens envahis par l’engouement soudain pour la psychanalyse. Toutefois, ce qui est re´ellement important du point de vue de l’histoire de la critique ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 16 Chapitre I. Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne ... psychanalytique, re´side dans le fait que les auteurs collaborant a` ces revues se sont re´fe´re´s aux concepts freudiens et ont puise´ dans la nouvelle terminologie afin d’interpre´ter les œuvres litte´raires. En ve´ritable pre´curseur, Albert Thibaudet affirme dans son article « Psychanalyse et critique » (1921) que la psychanalyse peut contribuer largement a` expliquer la gene`se souvent e´nigmatique des œuvres litte´raires. Dans leurs notes de lecture, les critiques e´crivant pour la NRF, Jacques Rivie`re en teˆte, ont de´ja` recours aux termes psychanalytiques, tels que reˆve, libido ou ambivalence des sentiments. Quant aux auteurs participant au nume´ro the´matique du Disque vert consacre´ au freudisme, ils de´veloppent des conside´rations the´oriques sur l’impact de la doctrine freudienne sur la litte´rature et sur les nouvelles voies qu’elle ouvre a` la critique, en s’interrogeant avant tout sur les modalite´s de l’infiltration de la psychanalyse dans la cre´ation litte´raire, les genres et les phe´nome`nes litte´raires particulie`rement pre´destine´s a` l’interpre´ta- tion psychanalytique. 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses de la psychanalyse La Nouvelle Revue Franc¸aise, cre´e´e en 1909 sous l’impulsion d’Andre´ Gide, Jean Schlumberger, Jacques Copeau et Henri Ghe´on dans le but de renouveler la litte´rature, a vite e´clipse´ d’autres pe´riodiques litte´raires de l’e´poque, tels que la Revue des Deux Mondes ou la Revue europe´enne, en devenant une ve´ritable institution, prestigieuse et influente a` la fois, voire « une instance consacrante »1. La NRF a attire´ les meilleurs critiques de cette pe´riode, parmi lesquels il faut citer Albert Thibaudet, Jacques Rivie`re, Ramon Fernandez, Andre´ Suare`s, Marcel Arland et Alain. Les commentateurs de l’actualite´ litte´raire groupe´s autour du pe´riodique, tout en revendiquant un certain classicisme de´fini avant tout en opposition au romantisme de´crie´ pour son e´gotisme et pour ses e´panchements lyriques, faisaient preuve de curiosite´ et d’ouverture d’esprit, a` l’e´gard des nouveaux phe´nome`nes litte´raires fleurissant dans les premie`res de´cennies du XXe sie`cle. Les pages de la revue ont accueilli, entre autres, Proust, Breton, Artaud, Malraux ou encore Sartre. Fabrice Thumerel insiste sur ce de´sir e´manant de la NRF de pre´senter aux lecteurs tout auteur digne d’inte´reˆt, quel que soit son horizon intellectuel ou son credo esthe´tique : « [...] elle s’ouvre a` tous les e´crivains originaux, s’inte´resse a` Freud comme aux romanciers ame´ricains, tout en de´fendant les valeurs classiques »2. 1 J.-L. Cabane`s, G. Larroux, Critique et the´orie litte´raires en France (1800-2000), Paris, Belin, « Belin Sup-Lettres », 2005, p. 179. 2 F. Thumerel, La critique litte´raire, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus », se´rie « Lettres », 2000, p. 82. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses ... 17 La psychanalyse, quoique difficilement conciliable avec le classicisme proˆne´ par la re´daction, ne serait-ce que par la gene`se romantique de l’inconscient, a captive´ quand meˆme les critiques et les romanciers groupe´s autour de la NRF, en leur ouvrant des perspectives prometteuses de pe´ne´trer les profondeurs de l’aˆme humaine, insondables jusqu’a` l’invention freudienne et tentantes pour tout e´crivain. Jean-Louis Cabane`s et Guy Larroux insistent sur la recherche, par le groupe de la NRF, de me´thodes permettant de faire un portrait psychologique approfondi et ve´ridique : Le classicisme NRF, en rupture avec le romantisme, mais aussi avec les chambres closes du symbolisme et du de´cadentisme, se proposait d’explorer le fond te´ne´breux de l’homme en cre´ant une forme qui soit a` la fois l’instrument de cette exploration et le me´dium expressif des de´couvertes re´alise´es3. Au de´but des anne´es vingt, les critiques et les e´crivains lie´s a` la NRF faisaient partie d’un petit groupe d’hommes de lettres qui, apre`s quelques spe´cialistes psychologues ou psychiatres, e´taient les premiers en France a` entendre parler de psychanalyse4. Ils avaient acce`s a` la the´orie freudienne, pour ainsi dire, de premie`re main graˆce a` Euge´nie Sokolnicka qui est arrive´e a` Paris en 1921. Freud lui-meˆme l’a adoube´e, en en faisant son e´missaire le´gitime sur le sol franc¸ais, tellement hostile a` sa doctrine. Cette Polonaise d’origine juive a e´tudie´ a` Varsovie, a` Paris, a` Zurich et a` Munich, a fre´quente´ les cours de Janet et de Ferenczi et a e´te´ analyse´e par Jung et ensuite par Freud lui-meˆme. Il serait donc difficile d’imaginer une source du savoir psychanalytique plus cre´dible que cette disciple surdiploˆme´e du Viennois. Sokolnicka a pe´ne´tre´ dans le milieu de la NRF graˆce a` Paul Bourget qui l’y avait introduite. De`s lors, les e´crivains et les critiques de l’e´curie Gallimard se rassemblaient autour de cette personnalite´ charismatique pour approfondir leurs connaissances en psycha- nalyse. Elle recevait chez elle, rue de l’Abbe´-Gre´goire, chaque semaine, le « Club des refoule´s ». Andre´ Gide, Jacques Rivie`re, Roger Martin du Gard, Gaston Gallimard et Jean Schlumberger e´taient tous membres de ce ce´nacle et ils appellaient Euge´nie « la Doctoresse »5. 3 J.-L. Cabane`s, G. Larroux, op. cit., p. 184. 4 Il faut rappeler que, paralle`lement au groupe NRF, la psychanalyse. Andre´ Breton, de´ja` en octobre 1921, est alle´ a` Vienne pour rendre hommage au « plus grand psychologue du temps », comme il appelait Freud a` l’e´poque. (Cf. A. de Mijolla, « La Psychanalyse en France », Histoire de la psychanalyse, dirige´ par R. Jaccard, t. II, Paris, Hachette, 1982, p. 19). Cette rencontre s’est ave´re´e une e´norme de´ception, car le fondateur de la psychanalyse que les surre´alistes avaient de´signe´ pour leur patron, n’a pas cache´ sa distance envers Breton et ses adeptes et il a avoue´ ouvertement qu’il ne comprenait pas leur art. (Cf. S. Freud, Correspondance 1873-1939, Paris, Gallimard, 1967, p. 490). les surre´alistes ont de´couvert 5 Y. Diener, E´. Roudinesco, La psychanalyse en France, Paris, adpf, 2002, fiche 4.5. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 18 Chapitre I. Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne ... C’est surtout Andre´ Gide qui a succombe´ a` cette mode irre´sistible pour un e´crivain, consistant a` se mettre a` l’e´coute de son propre inconscient : il a de´cide´ d’entreprendre une analyse avec Sokolnicka. Finalement, la me´thode re´volu- tionnaire de « cure par la parole » n’a pas convaincu l’e´crivain, car il a renonce´ a` l’analyse peu apre`s l’avoir commence´e – de`s la sixie`me se´ance6. Malgre´ son de´senchantement personnel, Gide n’a pas de´laisse´ l’activite´ de propagateur de la pense´e freudienne. Il a donne´ son appui au projet de publication des travaux de Freud chez Gallimard et il a largement contribue´ a` la parution, en 1923, des Trois Essais sur la the´orie de la sexualite´7 dans la traduction de Blanche Reverchon-Jouve, ouvrage qui a inaugure´ a` la NRF la collection intitule´e « Les Documents bleus ». Si la psychanalyse a trouve´ des adeptes parmi les hommes de lettres lie´s a` la ce´le`bre revue, ce n’est pas a` eux qu’elle doit son succe`s tardif, mais retentissant. Paralle`lement, elle a su s’introduire e´galement sur les sce`nes the´aˆtrales francophones, ce qui a largement contribue´ a` sa vulgarisation. Le Mangeur de reˆves8 de Henri-Rene´ Lenormand, joue´ tout d’abord a` Gene`ve, fait fureur sur les sce`nes parisiennes en hiver 1921 : c’est le grand e´ve´nement de la saison. S’inspirant des the´ories freudiennes en vogue, en en faisant meˆme le noyau de son intrigue, le dramaturge y fait du duo psychanalytique analysant-analyste ses deux he´ros principaux – la trame se re´sume a` l’histoire tragique de l’amour entre un psychanalyste et sa patiente ne´vrose´e. De`s lors, le succe`s sur imme´diatement par un triomphe dans les salons les planches se traduit parisiens. Les habitue´s de ces derniers non seulement en font leur sujet de conversation favori, mais commencent e´galement a` se pre´cipiter sur les divans pour participer aux sessions psychanalytiques. L’ampleur du phe´nome`ne ne pouvait rester inaperc¸u des critiques de la NRF, attentifs a` toute nouveaute´. Il ne fallait pas attendre longtemps pour qu’un compte rendu assez sarcastique de cet engouement subit pour le freudisme paraisse dans les pages de la revue. Jules Romains (1885-1972), dans son article intitule´ « Aperc¸u de la psychanalyse », souligne a` plusieurs reprises combien la fascination soudaine pour la pense´e freudienne e´tait superficielle et pre´tentieuse. La description humoristique ouvrant son texte en dit long sur ce triomphe salonnier caricatural de la psychanalyse re´duite a` une mode de saison : 6 Rappelons que toute cette expe´rience de´cevante n’est pas reste´e sans re´sonance dans l’œuvre de Gide. Trois ans plus tard, en 1925, il a immortalise´ son analyste dans son roman Les Faux-Monnayeurs sous le nom tre`s semblable phone´tiquement a` son nom original, notamment Madame Sophroniska en tant que psychanalyste ayant entrepris la cure du petit Boris. 7 S. Freud, Trois essais sur la the´orie de la sexualite´ [1905], traduit par B. Reverchon-Jouve, 8 H.-R. Lenormand, The´aˆtre complet, t. II : Le Simoun, Le Mangeur de reˆves, Paris, Les Paris, E´ditions Gallimard, 1962. E´ditions G. Cre`s et Cie, 1921-1922. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses ... 19 Cet hiver-ci sera, je le crains, la saison Freud. Les « tendances refoule´es » commencent a` faire, dans les salons, quelque bruit. Les dames content leur dernier reˆve, en caressant l’espoir qu’un interpre`te audacieux y va de´couvrir toutes sortes d’abominations. Un auteur dramatique dont je tairai le nom a de´ja` – voyant poindre la vogue – trouve´ le temps d’e´crire et de faire refuser par plusieurs directeurs une ou deux pie`ces nettement freudiennes. Je lui conseille de les corser un peu et de les offrir d’urgence au Grand-Guignol. Enfin les revues spe´ciales, apre`s avoir pendant vingt-cinq ans omis de constater l’existence de Freud, se donnent le ridicule de le de´couvrir, de discuter haˆtivement ses the`ses ou, ce qui est plus touchant, de les admettre comme la chose la plus naturelle du monde9 . Cet article, datant de janvier 1922, portraiture donc vraiment sur le vif l’ambiance des salons parisiens de l’e´poque, constituant un reportage pittoresque. Si Romains constate que la psychanalyse est devenue un nouveau mot d’ordre des e´lites intellectuelles et des snobs, c’est avant tout pour de´plorer la superficialite´ de cette mode et pour persifler le retard avec lequel elle est arrive´e en France. Il raille e´galement l’œuvre dramatique de Lenormand – sans citer son nom, il est vrai, mais en caracte´risant ses pie`ces de telle manie`re qu’il puisse eˆtre tout de suite identifie´ – a` qui il refuse tout talent litte´raire et en qui il ne voit qu’un habile calculateur qui veut s’assurer un succe`s facile en s’emparant d’un sujet a` la mode. Force est de constater que diffe´rents critiques de la NRF e´taient unanimes a` discre´diter la production the´aˆtrale de Lenormand. Le reproche re´current tient a` la litte´ralite´, voire au caracte`re scolaire de ses pie`ces qui constitueraient une transposition litte´raire trop directe des the`ses freudiennes. Les critiques e´crivant pour la revue partagent l’opinion que si l’influence de la psychanalyse sur la litte´rature est ine´vitable, voire souhaitable, elle devrait eˆtre plus fine et moins e´vidente que les œuvres de Lenormand qui inscrivent la doctrine freudienne simplifie´e dans le sche´ma banal du me´lodrame. Ainsi, en 1924, Gabriel Marcel commente la pie` ce L’Homme et fantoˆmes sur un ton re´solument pe´joratif quoiqu’il reconnaisse qu’elle est plus nuance´e que les premie`res œuvres du dramaturge qui s’apparentaient a` un manuel de psychanalyse adopte´ pour le the´aˆtre : ses [...] la lecture de Freud n’a suˆrement pas e´te´ pour Lenormand une aubaine, elle ne lui a pas simplement ouvert un champ a` exploiter : elle a e´veille´ en lui un e´cho profond et qui n’est sans doute pas pre`s de s’apaiser. La litte´ralite´ excessive avec laquelle il applique les the`ses freudiennes me touche et me rassure, j’y vois pour ma part un gage de since´rite´. L’Homme et ses fantoˆmes marque d’ailleurs a` cet e´gard un progre`s inde´niable par rapport au Mangeur de reˆves dont certaines sce`nes semblaient inscrites en marge de telle page de´termine´e de l’Introduction a` la psychanalyse10. 9 J. Romains, « Aperc¸u de la psychanalyse », La Nouvelle Revue Franc¸aise, no 100, 1922, p. 5. 10 G. Marcel, « L’Homme et ses fantoˆmes de H.-R. Lenormand, au The´aˆtre de l’Ode´on », La Nouvelle Revue Franc¸aise, no 130, 1924, p. 123. C’est Marcel qui souligne. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 20 Chapitre I. Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne ... Pour revenir a` l’article de Romains, il faut constater qu’apre`s un pre´lude ironique et plein d’allusions incisives a` l’actualite´ parisienne, Romains de´laisse sa veine de reporteur observateur pour son esprit de synthe`se et la volonte´ d’e´lucider la ve´ritable valeur de l’invention freudienne. Il se propose de clarifier ce qu’il faut comprendre au juste sous le terme de psychanalyse, employe´ souvent a` tort et a` travers. Il attire notamment l’attention du public sur le fait que cette notion englobe plusieurs sens diffe´rents, sans doute dans le souci de distinguer la the´orie de la the´rapeutique ou encore de la me´thode d’investigation : En fait, le mot de psychanalyse se trouve aujourd’hui recouvrir quatre choses solidaires, mais distinctes : une me´thode d’investigation propre a` de´celer le contenu de l’esprit ; une the´orie e´tiologique des ne´vroses ; une the´rapeutique des ne´vroses ; enfin une the´orie psychologique ge´ne´rale11 . le niveau du compte rendu pour de´boucher sur En abordant le proble`me de l’influence de la psychanalyse sur la critique litte´raire, nous ne pouvons pas e´luder la question de savoir qui parmi les critiques franc¸ais a e´te´ le pre´curseur de l’adoption de la the´orie freudienne par la critique litte´raire. Ce titre de pionnier revient a` Albert Thibaudet (1874-1936), adepte de Bergson et collaborateur de la NRF de 1911 a` sa mort, qui, en avril 1921, a publie´ dans ce pe´riodique un article au titre e´loquent : « Psychanalyse et critique ». Effectivement, si Romains s’est propose´ de faire un re´sume´ de la the´orie freudienne et de signaler la curiosite´ de la psychanalyse exprime´e par le grand public, se contentant ainsi de de´crire et de rapporter, Thibaudet a de´passe´, dans son article, les de´veloppements possibles de la nouvelle – ou plutoˆt re´cemment de´couverte – the´orie si prometteuse dans la recherche litte´raire. Nous devons a` Thibaudet, auteur fe´cond, la ce´le`bre classification tripartite de la critique litte´raire en critique parle´e, professionnelle et celle exerce´e par les artistes, qu’il a expose´e dans son ouvrage Physiologie de la critique (1930). Il a e´galement re´dige´ plusieurs monographies importantes sur de grands e´crivains, notamment sur Mallarme´, Flaubert et Amiel12, dans lesquelles, selon Jean-Louis Cabane`s et Guy Larroux, il a fait preuve d’ « une intelligence critique particulie`rement habile a` analyser la psychologie des styles et a` donner une vertu heuristique aux the`mes dominants de la pense´e de Bergson : la dure´e, l’e´lan cre´ateur »13. Henryk Chudak insiste, lui aussi, sur le bergsonisme dont est impre´gne´e l’œuvre critique de Thibaudet et dont plusieurs caracte´ristiques ne sont pas sans rappeler les concepts freudiens. D’apre`s le chercheur, cette parente´ entre les deux the´ories n’a pu que susciter l’inte´reˆt du critique pour la psychanalyse : 11 J. Romains, op. cit., p. 7. 12 Mallarme´ (1912), Gustave Flaubert (1922), Amiel ou la part du reˆve (1929). 13 J.-L. Cabane`s, G. Larroux, op. cit., p. 233. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses ... 21 Curieusement le signal est donne´ par Thibaudet. En re´alite´, il n’y a la` rien de surprenant car la conception bergsonienne du moi profond et de la dure´e qui conserve les contenus psychiques latents, ainsi que la notion de me´moire involontaire, s’accordent fort bien avec le principe de l’inconscient14. Certes, le critique, comme beaucoup d’autres commentateurs franc¸ais de la psychanalyse, refuse de voir en Freud un ve´ritable innovateur et de conside´rer sa the´orie comme entie`rement originale, en ne lui attribuant que le me´rite d’avoir codifie´ les connaissances jusqu’alors e´parses sur l’inconscient le fragment suivant de son article, non de´pourvu d’ironie, est re´ve´lateur a` cet e´gard : ; Et je sais bien que ces the´ories nous paraıˆtront en France moins neuves qu’elles ne semblent ailleurs, et que Freud nous semblera parfois avoir simplement nomme´ de certains vocables nouveaux et prestigieux des faits d’observation que l’analyse psychologique nous avait re´ve´le´s depuis longtemps, comme les me´decins qui croient avoir fait avancer la science du mal de teˆte en le nommant ce´phalgie15. Thibaudet de´plore ne´anmoins que la pense´e freudienne, profonde´ment ancre´e dans le discours scientifique dans presque toute l’Europe depuis deux de´cennies, n’ait toujours pas re´ussi a` convaincre les milieux me´dicaux et psychologiques franc¸ais. Si le critique insiste sur cette re´ception tardive, c’est aussi, semble-t-il, pour expliquer l’absence de travaux critiques franc¸ais inspire´s par la psychanalyse, a` l’heure ou` des ouvrages de ce genre se multiplient dans les pays ouverts au freudisme. Le pre´ambule de son article rend compte de ce retard flagrant et laisse entendre que les sciences humaines en France, y compris la critique litte´raire, devraient vaincre finalement leur hostilite´ irrationnelle envers la psychanalyse pour s’enrichir de l’apport freudien inspirateur : On sait quelle influence conside´rable exercent aujourd’hui hors de France les the´ories psychologiques et les moyens de the´rapeutique morale que Siegmund Freud a formule´s sous le nom de psychanalyse. Je dis « hors de France », car des e´trangers et Freud lui-meˆme ont manifeste´ plusieurs fois un e´tonnement un peu attriste´ en voyant que non seulement notre public instruit, mais meˆme, ce qui est plus grave, nos psychologues paraissent les ignorer a` peu pre`s16. Thibaudet attire l’attention sur les avance´es inte´ressantes que la the´orie freudienne offre a` de nombreuses autres disciplines, outre celles dans lesquelles son utilite´ semble e´vidente, a` savoir la psychologie et la me´decine. Il n’est pas surprenant que le critique se focalise sur la possibilite´ d’appliquer des outils 14 H. Chudak, « La re´flexion me´tacritique dans l’entre-deux-guerres », Perspectives histori- ques et me´tacritiques sur la critique litte´raire du XXe sie`cle, sous la dir. de H. Chudak, Warszawa, Uniwersytet Warszawski, 2002, p. 96. 15 A. Thibaudet, « Psychanalyse et critique », La Nouvelle Revue Franc¸aise, no 91, 1921, pp. 469-470. 16 Ibid., p. 467. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 22 Chapitre I. Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne ... psychanalytiques, c’est-a`-dire des notions et des concepts cre´e´s ou de´finis par Freud – a` l’analyse et a` l’interpre´tation de poe`mes, de romans et de pie`ces, possibilite´ de´ja` concre´tise´e, d’ailleurs, par Freud lui-meˆme et par certains de ses adeptes qui n’ont pas tarde´ a` proposer une lecture psychanalytique de l’œuvre de plusieurs e´crivains ce´le`bres. Thibaudet, au fait de ces tentatives de psychanalyser la litte´rature – plus ou moins heureuses, mais indubitablement originales a` l’e´poque – les commente de la manie`re suivante : [...] Freud et ses disciples ont pense´ que la psychanalyse jetait une tre`s neuve lumie`re sur la gene`se des œuvres litte´raires, ils ont essaye´, parfois avec inge´niosite´ et parfois avec une bien lourde fantaisie, de l’appliquer a` l’histoire inte´rieure des artistes et des e´crivains17. Aussi, en critique perspicace, Thibaudet saisit-il infailliblement que la plus grande valeur de la psychanalyse transpose´e dans le domaine litte´raire consiste dans sa capacite´ a` e´claircir les motifs qui ont pousse´ l’e´crivain a` concevoir son œuvre. La the´orie freudienne permettrait donc d’expliquer ce phe´nome`ne la ge´ne`se de l’œuvre litte´raire, e´chappant si souvent aux complexe qu’est approches traditionnelles. Dans son article, le critique analyse en de´tail deux ouvrages suisses – de tels travaux n’existant pas encore en France a` l’e´poque – dont les auteurs ont adopte´ la perspective freudienne dans le but d’intepre´ter les œuvres litte´raires, a` savoir la pre´face de Pierre Kohler a` Adolphe de Benjamin Constant et le livre de Jules Vodoz intitule´ Roland, un symbole18 et portant sur le Mariage de Roland de Victor Hugo. Il rele`ve aussi bien les ide´es pertinentes des auteurs commente´s que celles de leurs the`ses qui lui paraissent mal fonde´es, voire ridicules. Il ne doute pas de l’utilite´ de la me´thode psychanalytique dans les e´tudes litte´raires, a` condition qu’elle ne monopolise pas tout le discours critique en l’apparentant a` un traite´ me´dical. En effet, selon Thibaudet, la psychanalyse ne devrait que renforcer l’approche critique traditionnelle pour permettre de pe´ne´trer le sens le plus profond de l’œuvre. Citons la conclusion de l’auteur ou` , tout en avertissant des dangers de l’exce`s de psychanalyse dans la critique litte´raire, il vante les avantages de son emploi mode´re´ : [...] le chemin qui nous a conduits nous montre qu’elle [la psychanalyse] me`ne loin a` la condition d’en sortir un peu, de voir parfois en elle de nouveaux noms applique´s a` de vieilles choses, de la mettre au point et a` son rang parmi d’autres courants de psychologie et de critique. Il ne faut pas liquider de´daigneusement les livres qu’elle inspire en Suisse ou en Allemagne parce qu’ils nous rebutent d’abord par leur aspect d’excentricite´ et de lourdeur. Il nous faut comprendre que ces coups de sonde dans l’inconscient poe´tique ou artistique touchent en effet une matie`re tre`s riche, une e´paisseur de re´alite´s inte´rieures ou` bien des de´couvertes sont possibles. Mais ceux qui s’y appliquent ne sauraient e´liminer l’esprit de 17 Ibid., p. 470. 18 J. Vodoz, Roland, un symbole, pre´ce´de´ d’une lettre de G. Duhamel, Paris, Librairie Ancienne Honore´ Champion, 1920. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 1. Entre le premier aperc¸u et la mise en valeur des grandes the` ses ... 23 finesse ni l’acquis de la critique litte´raire. [...] Une fusion plus e´troite de l’esprit scientifique et de l’esprit litte´raire qui, se´pare´s l’un de l’autre, arrivent, en ces matie`res, si vite au bout de leur rouleau, est bien de´sirable, et c’est d’une telle union, d’une telle discipline, que de´pend probablement l’avenir de ces e´tudes19. Dans son ouvrage Psychanalyse et critique litte´raire, Anne Clancier, tout en reconnaissant le me´rite de Thibaudet d’avoir perc¸u les nouvelles perspectives ouvertes a` la recherche litte´raire par la psychanalyse, de´plore en meˆme temps qu’il se soit contente´ de proclamer sa de´couverte, sans l’employer dans sa pratique de critique litte´raire : « Le premier critique franc¸ais qui fit e´tat de la psychanalyse fut Albert Thibaudet, mais son œuvre ne paraıˆt pas avoir e´te´ influence´ par les the´ories de Freud »20. Bien e´videmment, la pre´sence de la psychanalyse dans la NRF ne se re´sume lui sont consacre´s explicitement et qui ont pour but pas aux articles qui d’expliquer au public les enjeux de cette the´orie en vogue et ses prolongements possibles dans le domaine de la litte´rature. Les auteurs publiant dans la NRF des notes de lecture sur les livres nouveaux e´taient innovateurs au point de faire passer des e´le´ments de l’optique freudienne dans leurs comptes rendus de ces œuvres re´centes. Il est donc question des premiers exemples de l’influence directe de la psychanalyse sur la critique qu’Albert Thibaudet a nomme´e journalistique : celle qui, sans s’adonner aux conside´rations the´oriques, se propose de pre´senter aux lecteurs et de juger la production litte´raire contempo- raine. Bien entendu, a` cette e´poque-la`, il ne s’agit, le plus souvent, que des notions de la nomenclature freudienne glisse´es dans les textes critiques, mais meˆme ces manifestations superficielles du freudisme assurent aux critiques de la NRF le titre de pionniers de´ja` capables de se servir de concepts que d’autres n’avaient pas encore de´couverts ou approfondis. C’est avant tout Jacques Rivie`re (1886-1925) – directeur de la NRF de 1919 a` 1925 et auteur de plusieurs e´tudes et essais critiques importants dont Roman d’aventure (1913), Rimbaud (1914) ou Reconnaissance a` Dada (1920) – qui a donne´ a` ses textes critiques cette coloration psychanalytique a` la mode. Il faut souligner que ce critique – partisan de l’approche explicative et compre´hensive de la litte´rature ouvert a` toutes les avant-gardes21, qu’il s’agisse des dadaı¨stes ou d’Artaud – e´tait re´ellement fascine´ par la the´orie freudienne, au-dela` de tout snobisme. Graˆce au journal de Maria van Rysselberghe, amie et confidente d’Andre´ Gide plus connue sous le surnom de la Petite Dame, nous 19 A. Thibaudet, op. cit., pp. 480-481. 20 A. Clancier, Psychanalyse et critique litte´raire, pre´face d’Y. Belaval, Toulouse, „Nouvelle Recherche”/PRIVAT, 1973, p. 119. 21 Sur la critique de Jacques Rivie`re voir l’article de Z. Naliwajek « Jacques Rivie`re critique litte´raire », in : Perspectives historiques et me´tacritiques sur la critique litte´raire du XXe sie`cle, sous la dir. de H. Chudak, Warszawa, Uniwersytet Warszawski, 2002, pp. 115-122. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw== 24 Chapitre I. Premie` res infiltrations de la the´orie freudienne ... connaissons ces mots signaficatifs de Rivie`re qui prouvent a` quel point la psychanalyse le passionnait : Je note ici que Loup22 m’a dit, pour que cela ne tombe pas dans l’oubli, que peu de temps avant sa mort, Rivie`re (dont elle e´tait une tre`s proche amie) lui avait dit : « Pour l’instant, je suis tre`s loin de Dieu ; les deux seules choses qui m’inte´ressent, ce sont l’amour et le freudisme » 23. Pour le critique, le nom de Freud est associe´ a` tout un re´pertoire de notions psychologiques qu’il a forge´es. Il lui vient spontane´ment a` l’esprit quand l’œuvre litte´raire qu’il est en train d’analyser est marque´e par un concept qui semble emprunte´ a` la psychanalyse. Aussi, en 1922, Rivie`re cite-t-il le nom de l’auteur de Die Traumdeutung dans son compte rendu de l’œuvre de Jean Cocteau intitule´e Le Secret Professionnel : c’est une certaine ambivalence, coexistence paradoxale des oppositions dont parle l’auteur du Potomak en de´finissant le poe`te, qui sonne, pour Rivie`re, comme une re´miniscence de la lecture des textes freudiens, notamment ceux consacre´s aux symboles ve´hicule´s par les reˆves : Et si le poe`te est l’ange en meˆme temps qu’il est son agresseur (souvenons-nous que dans tout symbolisme le principe d’identite´ cesse, d’apre`s Freud, de jouer strictement), cela n’est pas, a` certains e´gards, sans exactitude et sert assez bien a` figurer l’espe`ce de constant proble`me ou` est le poe`te moderne de savoir s’il est seul, d’ou` lui vient cette matie`re qu’il taˆche d’informer et si ce n’est pas seulement a` se construire une personnalite´ seconde, comme un double incompre´hensible et vivant, qu’il travaille a` taˆtons24. La pre´sence chez Cocteau de la the´matique ayant implicitement trait a` la psychanalyse n’a pas pu e´chapper a` l’attention de Rivie`re, « lecteur ide´al » selon Claudel, d’autant plus que le critique s’inte´ressait a` ce phe´nome`ne e´nigmatique qu’est le reˆve depuis sa jeunesse, ce que rappelle Auguste Angle`s : Si le reˆve n’a e´te´ que peu repre´sente´ dans la « haute » litte´rature franc¸aise jusqu’aux Surre´alistes, il a e´te´ e´tudie´ par les psychologues et les me´decins. Rivie`re, e´tudiant en philosophie, ne devait pas ignorer ces recherches, bien qu’il soit improbable qu’il ait entendu prononcer le nom de Freud25. Nous savons que Rivie`re a acquis des connaissances plus approfondies en psychanalyse apre`s avoir adhe´re´ a` la re´daction de la NRF. Cette de´couverte 22 Madame E´mile « Loup » Mayrisch, maıˆtresse de Jacques Rivie`re. 23 Les Cahiers de la Petite Dame, Notes pour l’histoire authentique d’Andre´ Gide. 1918-1929, pre´face d’A. Malraux, « Cahiers Andre´ Gide 4 », Paris, Gallimard, 1973, p. 228. 24 J. Rivie`re, « Le Secret Professionnel par Jean Cocteau », La Nouvelle Revue Franc¸aise, no 110, 1922, p. 632. 25 A. Angle`s, Andre´ Gide et le premier groupe de « La Nouvelle Revue Franc¸aise ». La formation du groupe et les anne´es d’apprentissage 1890-1910, Paris, Gallimard, 1978, pp. 214- 215. ##7#52#aSUZPUk1BVC1WaXJ0dWFsbw==
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L influence de la psychanalyse sur la critique littéraire en France (1914-1939)
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